13/05/2020

Mes évolutions personnelles sur l'accès aux origines

Tout d'abord, pour tous ceux qui suivent mes articles, je tiens à préciser que je ne suis moi-même pas conçu par don, j'ai juste un très fort intérêt personnel pour le sujet. Bien sûr, dans ces conditions, il me faut également comprendre pourquoi j'ai un intérêt personnel aussi fort pour ce sujet.

Contrairement à ce que certaines FMLR pourraient penser, je ne pense pas que ce serait parce que je serais homophobe ou lesbophobe. Au contraire, j'ai très tôt remarqué, en particulier dans le monde anglo-saxon, la convergence entre certains mouvements de personnes conçues par don et certains courants homophobes. Et, bien que j'aie tout de suite ressenti de la sympathie pour cette cause, je savais qu'il faudrait tôt ou tard la purger de ses possibles instrumentalisations homophobes (ou, plus généralement, conservatrices), ce qui, fort heureusement, m'a l'air d'être en assez bonne voie, si je suis l'évolution du mouvement au cours du temps.

Je pense qu'il y a aussi, effectivement, une part de volonté de « dénoncer la gauche radicale là où elle se fourvoie », mais cela vise moins des groupes de personnes en particulier que des idéologies : la minimisation de la biologie et le relativisme culturel, par exemple. Puis bon, en France, l'opposition à l'accès aux origines provient en réalité davantage de la droite (cf. les débats au Parlement et ce sondage) que de la gauche, même radicale, contrairement à ce que pourraient faire penser certaines minorités bruyantes sur Twitter. De plus, en politique, je sais très bien où sont mes priorités, et que je sais que je ne voterai jamais pour la droite conservatrice, même si celle-ci était plus favorable à l'accès aux origines que la gauche.

Enfin bref, je pense qu'en a peine quelques mois, j'ai évolué sur la question de l'accès aux origines. Pas sur le fond, ni sur les principales positions à défendre, mais plutôt sur la manière de défendre celles-ci.

Il y a quelques mois à peine, j'engageais directement le débat avec certaines FMLR sur leurs profils, et suite à certaines de leurs insultes ou d'arguments particulièrement mauvais de leur part, il m'arrivait de m'énerver et de tomber ainsi dans leur piège, qui était de me faire passer pour insensible, voire réactionnaire et homophobe. Occasionnellement, il m'est ainsi arrivé d'user de termes psychophobes pour me référer à certaines de mes adversaires lorsqu'elles avaient le dos tourné, ou d'employer un ton pouvant être vu comme condescendant, allant jusqu'à balancer des accusations de « reniement » voire de « totalitarisme » à l'encontre de certaines de mes adversaires. Avec le recul, ce sont autant d'arguments que j'utilisais à l'époque et que je n'utiliserais plus aujourd'hui. En particulier, je pense qu'il convient de ne pas exagérer les méfaits d'une pratique et d'une idéologie à laquelle on s'oppose, tant que l'on n'a pas vu, de façon concrète, comment les choses se déroulaient dans la pratique.

Aujourd'hui, c'est tout juste si je me contente de liker les posts d'un courageux individu conçu par don, qui se vante de signaler les cas les plus flagrants de harcèlement et de désinformation provenant de la communauté FMLR. Je ne réponds plus à rien, sauf si on s'adresse directement à moi.

Par ailleurs, j'ai récemment lu des articles d'anthropologie portant sur l'excision (un sujet que j'ai délibérément choisi pour son caractère extrême, puisque je doute qu'il y ait beaucoup de personnes pour le défendre dans le monde occidental, mis à part quelques anthropologues relativistes). Sans tomber dans le relativisme extrême, ces articles mettaient en avant certaines problématiques qui compliquaient la lutte contre l'excision et pouvaient même s'avérer contre-productives.

Notamment, un certain risque d'ingérence paternaliste et néo-coloniale de la part d'un Occident civilisateur qui apporterait le salut aux femmes indigènes, ce qui leur fait dire que pour combattre efficacement l'excision, il fallait tout d'abord bien comprendre les mécanismes culturels derrière cette pratique, et avant tout s'appuyer sur les femmes qui habitent sur place et travailler avec elles pour changer les attitudes locales et éduquer les personnes sur les dangers de cette coutume, dont la pratique persiste même dans des régions où il y a des lois qui l'interdisent.

Pour comparer avec notre sujet de départ - avec lequel je ne suis pas en train d'insinuer qu'il y aurait un quelconque degré de gravité similaire ou comparable, ni même qu'il faudrait le traiter avec la même sévérité - cela me fait mieux comprendre, toutes proportions gardées, l'opposition à la levée de l'anonymat des dons de gamètes de la part des FMLR.
Avant toute chose, la situation politique que nous vivons est très délicate, et les aspects homophobes de la culture hétérosexuelle ont souvent brandi un certain concept de « droits de l'enfant » pour s'opposer aux droits des personnes LGBT de vivre leur vie comme elles l'entendaient, alors même que le système d'anonymat des donneurs tel que défini par la loi de 1994 était l'incarnation-même du privilège hétérosexuel. D'ailleurs, les FMLR utilisent le fait que cette institution ne soit remise en cause que maintenant, et que notre monde a encore un rapport compliqué voire contradictoire à la science, au corps et à la parenté, comme preuves indéniables de l'inoxydable hypocrisie du monde hétérosexuel à leur égard, alors que nous n'en avons justement pas terminé avec cette défense masculine et hétérosexuelle de l'anonymat des donneurs et des secrets de famille.

C'est pourquoi, dans notre combat contre l'anonymat des dons de gamètes, il nous faut avant tout nous appuyer sur la « majorité silencieuse » de la communauté LGBT et des féministes, renforcer notre coopération avec les organisations LGBT (y compris en ouvrant le dialogue avec des militant-e-s assez radicales, ce qui a déjà commencé), écouter les enfants de ces familles-là, d'autant plus si iels-mêmes sont LGBT et engagé-e-s dans ce milieu[1], travailler main dans la main avec les centres LGBT régionaux, rappeler que pour une personne conçue par don, découvrir l'identité de son donneur à sa majorité n'est en aucun cas une obligation, écouter les justifications derrière les revendications de nos adversaires, en évitant autant que possible les jugements de valeur négatifs[2].

Je remarque qu'en France, les associations pour le droit d'accès aux origines entament déjà des démarches allant dans ce sens, et c'est une bonne chose. Cela se voit dans la trajectoire du site web de l'association PMAnonyme : en moins d'une quinzaine d'années, celui-ci est ainsi passé d'une esthétique froide connotée « pro-vie » à une esthétique beaucoup plus chaleureuse, qui met davantage en avant les droits des personnes et leurs expériences. La rhétorique employée a elle aussi évolué : celle de la toute première version du site serait rétrospectivement qualifiée de pro-« Manif Pour Tous » à cause du vocabulaire employé[3], tandis que celle de la version actuelle est beaucoup plus modérée.
Plus récemment, le site a aussi supprimé la mention de la notion de « père biologique » (bien que techniquement correcte, cette expression peut être considérée comme controversée, dans l'optique d'un dialogue avec des militant-e-s radicales) et relégué au second plan sa catégorie Ils l'ont dit (section controversée chez les FMLR, en raison de citations de députés de droite, notamment).

Pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi ne pas indiquer dans la charte de l'asso une reconnaissance et une valorisation de la diversité des modèles familiaux, comme l'ont déjà fait le Donor Sibling Registry et l'Association Canadienne des Personnes Conçues par Don de Gamètes avant elle ?

Soyons fous : PMAnonyme pourrait même proposer de participer, avec ou sans sa concurrente Origines (qui, par rapport aux organisations LGBT et féministes les plus classiques, a l'avantage d'être encore moins « controversée » que PMAnonyme), à la prochaine Marche des Fiertés (qui ne se tiendra pas avant un bon moment, vu le contexte actuel, donc).

Absurde ? Pas tant que ça : le Donor Sibling Registry, dont les positions sont nettement similaires à celles de ses homologues français, participe depuis déjà plusieurs années à des événements LGBT. Et après tout, PMAnonyme et Origines se sont, chacune dans leur genre, beaucoup mobilisées et illustrées dans le débat bioéthique et la loi sur la PMA, sachant que l'accès aux origines est aussi une revendication de l'Inter-LGBT.

Cependant, cette participation risquerait certainement d'être perçue comme une provocation, voire comme une insulte, par certaines organisations radicales, ce qui risquerait de provoquer des clashs et autres altercations inutiles. Des incidents du même type ont eu lieu à cause du même genre de personnes lors de précédentes Marches des Fiertés, pour d'autres raisons.

Ainsi, si cette participation est acceptée, ce serait bien sûr une grande victoire pour la cause de l'accès aux origines, mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite, et rester vigilants, bien entendu.

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[1]D'après mon expérience personnelle, les personnes LGBT conçues par don (mêmes celles issues de parents LGBT) ont d'ailleurs globalement tendance à privilégier leur identité de personne conçue par don à celle de personne LGBT, en termes de revendications.

[2]C'est un point sur lequel je pense avoir particulièrement progressé, depuis moins d'une semaine. Dans mon précédent article, j'écrivais encore que les FMLR étaient principalement motivées par la peur, notamment celle d'être « trahies » par leurs propres enfants. Dans la réalité, c'est certainement plus complexe que cela. Personne n'admet facilement être motivé par la peur, et elles seraient tout à fait capables de renverser cette accusation à notre égard, pour d'autres raisons. En fait, certaines FMLR semblent même motivées par une forme de confiance (qui d'ailleurs, de notre point de vue, apparaît largement excessive, et il faudra donc faire comprendre qu'elle est empiriquement excessive) dans leur idéologie « révolutionnaire », davantage que par la peur.

[3]Le vocabulaire utilisé n'était pas spécifiquement homophobe à proprement parler, mais on peut lui trouver rétrospectivement une connotation homophobe, notamment à cause de la récupération de ce genre de rhétorique par La Manif Pour Tous à partir de 2013.




06/05/2020

Dernières nouvelles de la jungle de Twitter en confinement (ou les extrémistes face à leurs contradictions)

Actuellement, il semblerait hélas qu'avec l'allongement du confinement - j'en ai de plus en plus l'impression - ce soit tout le réseau social Twitter qui ait décidé de partir en vrille et de s’entre-déchirer entre clashs et autres dramas. Dans la sphère Zèt', c'est récemment Acermendax qui s'est clashé avec le Bouseux, tandis qu'Homo Fabulus s'est clashé avec Game Of Hearth et Un Monde Riant, qui lui-même s'est clashé avec Gigantoraptor. Longue histoire, qui ne sera pas abordée dans cet article-ci.

Mais la sphère dite « woke » est actuellement agitée par un drama d'ampleur peut-être plus importante encore.

Tout a commencé par un post sur l'accouchement sous X, dans lequel une twittos appelait à ne pas relayer les posts de nés sous X qui recherchaient leur mère de naissance, afin de respecter la décision qu'avait prise celle-ci de garder l'anonymat. S'en est suivi, inévitablement, un clash avec lesdits nés sous X (parmi lesquels se trouvaient de nombreuses personnes racisées)[1].

Dans un des tweets de son fil, ladite twittos visait expressément une personne IAD engagée contre l'anonymat des dons de gamètes, disant qu'elle était homophobe, réactionnaire et la présentant implicitement comme une sorte de repoussoir idéologique absolu. Suite à ce harcèlement ciblé, ladite personne IAD[2] a réussi à mobiliser sa communauté afin de signaler le compte en question et de le suspendre.

À vrai dire, je ne sais toujours pas s'il s'agissait de la bonne décision à prendre, même si je reconnais qu'au minimum, il ne doit pas être très agréable de se prendre ce genre de harcèlement injustifié à répétition.

Toujours est-il que par la suite, la personne IAD en question s'est prise en retour un call-out particulièrement sévère en pleine poire, de la part de « féministes-matérialistes-lesbianistes-radicales » (ou FMLR)[3] pour lesquelles tout désaccord ou toute critique de leur idéologie relève de l'homophobie pure et simple.

Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas ici de véritablement expliquer[4] en quoi les propos de ladite personne IAD seraient homophobes, discriminatoires, intégristes, réactionnaires ou d'extrême-droite ; il s'agit avant tout de dénoncer, de dénigrer, de discréditer, de provoquer, de désinformer un certain public présent sur Twitter afin de maintenir celui-ci dans une emprise sectaire (on pense aux fameuses deux minutes de la haine, dans 1984 de George Orwell, par exemple), puis de répéter et d'exagérer les accusations des autres intervenants. De fait, leurs principaux arguments relèvent du plus pur déshonneur par association et d'autres tropismes issus de la désormais tristement célèbre « cancel culture ».

Un autre individu IAD, profondément engagé dans la même cause que la précédente personne IAD, s'est ensuite mis en avant pour signaler autant de posts injurieux qu'il le pouvait. Parmi les « FMLR » de Twitter, celui-ci a suscité un certain nombre de railleries, notamment en raison de son pseudonyme, mais cela leur également permis de découvrir les actions effectivement menées par les personnes IAD de chair et d'os, et aussi, indirectement, qu'il existait toute une frange LGBT « modérée » (largement majoritaire, hors de Twitter) qui non seulement ne partageait pas leur idéologie, mais la rejetait même ouvertement (avec toutefois beaucoup de nuances à apporter à cela, évidemment)[5].

Quant à moi, cela m'a permis d'en découvrir davantage concernant les contradictions qui agitent actuellement ce mouvement de pensée.

Notamment en ce qui concerne les incohérences de sa rhétorique, qui révèlent en filigrane ce que pourraient bien être les véritables motivations derrière les revendications de ce mouvement.

Prenons la « libre disposition de son propre corps », par exemple. Les « FMLR » y sont en principe favorables... sauf lorsqu'il s'agit d'user de cette libre disposition de son corps pour effectuer des tests ADN[6] afin de découvrir son géniteur.

Prenez ce post, par exemple.



Ainsi, les « FMLR » découvrent avec horreur que l'anonymat des dons de gamètes, que des démagogues leur avaient promis et auquel elles tenaient tant, n'est plus garanti dans la pratique, et que même des médecins gays de gauche applaudissent des deux mains... Quelle surprise, dites donc !

Il est tout de même cocasse de voir que les mêmes personnes qui, dans un autre domaine, se vantaient ouvertement de défendre des « fraudeuses » (pourtant à juste titre, selon moi) s'étonnent ici de voir d'autres personnes « contourner la loi », et ce avec une confondante naïveté ; alors que pourtant, on est en droit de penser que résoudre un questionnement existentiel pourrait être ni plus ni moins légitime que d'assouvir un désir d'enfant. Dans les deux cas, il s'agit de façons de reprendre sa vie en main.

Bien sûr, la twittos dont il est question ici prend soin par la suite de ne pas paraître trop « pro-donneurs » (ce qui serait étonnamment « pro-hommes » pour une supposée féministe radicale). Elle enchaîne donc avec le tweet suivant :




Comment peut-on être davantage à côté de la plaque ?

Je veux dire, à moins de penser sérieusement que tous les hommes sans exception sont secrètement l'un ou l'autre voire les deux, il est fort à parier que dans les faits il n'y aura ni l'un ni l'autre (sauf peut-être chez des « repentis », des progressistes ou des gens responsables), à moins d'être particulièrement stupide, suicidaire ou les deux.

Elle enchaîne ensuite avec deux tweets qui témoignent indirectement de ce qu'on pourrait appeler le cœur du problème, à savoir la peur. Peur - largement fantasmatique - d'être un jour confrontée à un inconnu qui pourrait menacer notre famille ; peur de se voir, soi et sa famille, délégitimées et déconsidérées ; mais, peut-être aussi, peur implicite et secrète de voir un jour nos propres enfants finir par nous « trahir ». Ce à quoi je réponds que nos familles ne devraient pas être basées sur la peur et l'appréhension, car nos enfants valent mieux que ça[7].

Dans le post suivant, il y a aussi le sentiment que la situation est plus ou moins en train de leur échapper, et qu'il va falloir tôt ou tard faire le deuil d'une utopie mort-née, à savoir tenter de redéfinir la famille et la parenté sans aucune référence même implicite à la biologie, et de pouvoir imposer ce point de vue à tous et en premier lieu à leurs propres enfants.

C'est ce qui me fait dire que, dans l'affaire, les vrais réactionnaires ne sont peut-être pas ceux qu'elles voudraient nous faire croire.

Parce qu'il n'y a pas que les cathos, les intégristes ou les conservateurs qui ont du mal à s'adapter à l'évolution du monde ; il y aussi les FMLR, dans un autre registre. C'est quelque chose qu'elles comprendraient certainement mieux, si elles essayaient davantage de discuter avec des personnes IAD nées dans des couples hétéro, plutôt que de venir les insulter sur les réseaux.

À leur décharge, il faut dire que ce courant ne développe quasiment aucune réflexion pertinente qui lui soit propre en matière de droits des enfants, et pour cause puisque le simple fait d'évoquer ce sujet fait de vous une personne d'extrême-droite à leurs yeux.

C'est bien simple, le plus souvent, le sujet n'est abordé qu'à l'aune d'un dogmatisme « pro-choix » aussi suranné qu'immature, qui partage paradoxalement en commun avec son homologue anti-avortement dans sa forme la plus crue, le fait de tenir des opinions très fortes et arrêtées sur ce que pourrait ou devrait être une grossesse, tout en se foutant de ce qu'il advient à l'enfant après (pas au sens littéral bien sûr, mais au sens où certains de ses éventuels besoins, opinions ou considérations ne seront probablement pas pris en compte).

Ce dogmatisme, accompagné d'une fermeture délibérée à la discussion, au dialogue et à l'échange, ne peut déboucher que sur une forme d'irresponsabilité proclamée et revendiquée, affichée et assumée en tant que telle, aux forts relents passifs-agressifs, qui contribue paradoxalement à essentialiser encore davantage le désir d'enfant.[8]

C'est fort dommage, parce que le projet de loi bioéthique contenait bel et bien de nombreuses avancées marquantes, qu'il ne doit donc être enterré sous aucun prétexte et qu'il faudra les défendre coûte que coûte, dénaturées qu'elles aient été après le passage au Sénat. Je dirais même que la crise du COVID-19 rend la question de la levée de l'anonymat des donneurs encore plus pertinente et pressante que jamais, pour plusieurs raisons (perturbations possibles, et à titre temporaire, de l'industrie des tests ADN, ce qui appelle à une facilitation des démarches administratives à l'avenir pour retrouver son donneur, enquêter sur les réactions face au COVID-19 des parents biologiques qui pourrait correspondre à un profil génétique particulier, etc...).

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[1]Plus précisément, ce clash opposait majoritairement d'un côté des féministes « pro-choix » radicales, mais majoritairement blanches et aussi en un sens plus traditionnelles qu'elles ne le prétendaient, et de l'autre de jeunes personnes, souvent racisées, là aussi des femmes pour la plupart.

[2]Probablement l'une des personnes IAD les plus ouvertes et progressistes que je connaisse, en plus. C'est même pire que ça : en fait, je pense qu'elle est même ciblée spécifiquement parce qu'elle est ouvertement progressiste, parce que quelque part elle baigne déjà dans cette sphère-là et ce depuis longtemps. Un type IAD lambda aurait eu beaucoup d'abonnés en commun avec les FMLR, et l'impact d'un call-out s'en serait trouvé d'autant plus amoindri.

[3]Ou même GCN, ce qui est à peu près la même chose, mais je me réserve dorénavant le droit de parler de GCN pour parler plus spécifiquement de l'association, et non du courant de pensée dans son ensemble. En tout les cas, elles sont à peu près aussi représentatives des lesbiennes en général qu'Eric Zemmour est représentatif des français.

[4]Comme indiqué précédemment, toute critique de leur idéologie est généralement considérée comme lesbophobe, sans autre forme de procès ; cependant, et particulièrement quand on les pousse à détailler leur point de vue, il arrive parfois que des FMLR explicitent davantage en quoi elles considèrent ces désaccords comme lesbophobes (tout en insistant toujours à chaque fois sur le fait qu'elles ne devraient pas avoir besoin de l'expliquer, tant selon elles ce point de vue devrait aller de soi).

En particulier, elles rejettent l'argument selon lequel la levée de l'anonymat n'est pas lesbophobe parce qu'elle concerne aussi les hétéros, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, elles considèrent, tout comme les homophobes paradoxalement, que l'homosexualité est davantage histoire d'idéologie que d'orientation sexuelle, ce qui dans leur cas engendre une confusion très utile pour immuniser leur idéologie face à la critique.

Et entre autres, cette idéologie leur permet d'affirmer que les homosexuel-le-s seraient substantiellement différent-e-s des hétéros en termes de culture, de pensée, de vision du monde, de vécu et d'idéologie elle-même.

Bien sûr, dans la vraie vie, ce n'est pas tout à fait vrai. Par exemple, les motivations des parents opposés à la levée de l'anonymat, quelque soit leur orientation sexuelle, sont très largement similaires : peur de la chute des dons, peur de se voir trahi-e par ses propres enfants (particulièrement dans le cas du parent non-biologique), peur de se voir perturbé-e dans la vision de sa propre famille...

Seule l'expression de ces sentiments diffèrent, suivant le type de famille : les hétéros gardent autant que possible le secret sur la conception de leurs enfants, parce qu'ils peuvent se permettre cette fiction, tandis que les FMLR, incapables de garder le secret, minimisent l'importance de la biologie.

De façon plus importante encore, prétendre que, sous prétexte que les homosexuels auraient intrinsèquement une idéologie différente de celle des hétéros, la critiquer relèverait de l'homophobie, ce n'est pas un argument recevable dans le cadre d'une démocratie à l'occidentale (et encore moins dans le modèle universaliste à la française). Cela permet de se rendre compte où s'arrête l'égalitarisme et où commence le relativisme ou le communautarisme (le vrai, et non le fantasmé).

D'autre part, on trouve l'idée que la présence d'un homme dans les familles hétéro-parentales qui ont recours à la PMA protégerait intrinsèquement mieux celles-ci, d'un point de vue politique. Elles vont jusqu'à imaginer des scénarios alambiqués dans lesquels les enfants des lesbiennes seraient placés sous l'autorité parentale d'un type qu'ils n'ont jamais connu au nom de leur droit d'avoir un père et une mère. En plus de totalement méconnaître les opinions de la droite et de l'extrême-droite françaises réelles sur la question de l'accès aux origines (en pratique, ces dernières sont souvent beaucoup plus « pro-donneurs » ou « pro-secret parental » que les FMLR ne se l'imaginent), ce projet serait à la fois impossible à mettre en place, contre-productif et probablement même inconstitutionnel.

Et après, elles considèrent qu'éviter de coucher par inadvertance avec un demi-frère ou une demi-sœur biologique est un « argument choc complètement tordu ».

[5]L'association PMAnonyme, implicitement visée à travers toute cette campagne de harcèlement, a notamment co-signé des tribunes dans la presse avec l'ADFH, association homoparentale qui milite de longue date pour la levée de l'anonymat des dons de gamètes, mais aussi Le Refuge, le RAVAD, Stop Homophobie, les associations religieuses David et Jonathan et Beit Haverim, des franc-maçons LGBT, des représentants d'organisations LGBT proches des grands partis du centre et de la gauche, ainsi qu'avec Caroline Mécary, Martine Gross, Christophe Beaugrand, Marie Labory et Jérôme Courduriès. Il existe également d'autres organisations LGBT qui sont en désaccord avec PMAnonyme concernant certains détails légaux techniques, mais qui ne s'opposent pas (ou plus) à la levée de l'anonymat des dons de gamètes, prise dans ses grandes lignes. Voir aussi ce sondage, qui date de l'année dernière.

[6]À la légalisation desquels même le juriste franco-argentin ultra-libertaire Daniel Borrillo se montre pourtant favorable.

[7]À ce sujet, un très bon article (en anglais) aborde justement cette question-là.

[8]Cela pourrait paraître exagéré, mais, toutes proportions gardées, on peut noter de troublantes similitudes entre le discours d'un incel qui fait l'apologie du viol parce que la prostitution est illégale, et celui d'une FMLR qui fait l'apologie du fait de concevoir un enfant dans le dos d'un homme (par trouage de préservatif) parce que la PMA ne sera pas légale dans les conditions qu'elle aurait souhaitées (je ne suis pas ici en train de prétendre qu'il s'agirait là de deux situations parfaitement équivalentes, bien entendu). Une pamphlétaire telle que Marcela Iacub offre ainsi une possibilité de convergence fortuite entre FMLR et incels.

16/01/2020

Le paysage des associations pour le droit d'accès aux origines en France

En ce contexte de revirement absurde des sénateurs sur la question de l'accès aux origines, j'avais envie de reparler de ce sujet.

En France, à ma connaissance, il n'existe que deux associations qui se battent pour le droit d'accès aux origines des personnes conçues par don de gamètes.

D'un côté, il y a PMAnonyme, de l'autre Origines (si l'on exclut l'ADEDD, supposément dirigée par des personnes nées de dons mais qui s'oppose à l'accès aux origines).

Tout ce qui suit est très relatif, mais la première association est probablement la plus connue des deux, tandis que la seconde est surtout connue par son fondateur, qui est une personnalité assez médiatique.

Le principal clivage entre les deux associations réside dans l'attitude à adopter par rapport à la RCA (Reconnaissance Commune Anticipée de filiation, un mode de filiation qui serait spécifique à certaines personnes conçues par don de gamètes, notamment celles hors couples H/F), PMAnonyme souhaitant l'étendre à tous les couples tandis qu'Origines s'y oppose pour tous les couples.

En ce qui me concerne, je pense que soutenir la RCA serait la solution qui me semblerait à la fois la plus convenable et la plus logique du point de vue des droits des enfants (en plus de potentiellement mieux sécuriser leur filiation), et dont les enfants de couples hétéros bénéficieraient le mieux (parce qu'elle permettrait de mieux lutter contre les secrets de famille), alors même que ces enfants-là sont, pour le moment, exclus de cette procédure. Alors comment se fait-il qu'Origines s'y oppose ?

Sans rentrer dans les détails, j'ai cru comprendre que son principal promoteur, entre autres, par peur absolue que la cause de l'accès aux origines - notamment à cause de diverses tentatives de récupérations idéologiques, intéressées mais néanmoins fondamentalement hypocrites - ne puisse être perçue comme trop conservatrice, voire réactionnaire, avait décidé de jouer à fond la carte de la « respectabilité » vis-à-vis d'un certain milieu dit « progressiste »[1] et bien organisé politiquement.

A ce sujet, il est à noter que d'ordinaire ce sont plutôt les groupes minoritaires « typiques » qui essaient de prendre leurs distances vis-à-vis d'images perçues comme dégradantes, véhiculées par le camp conservateur et agitées par celui-ci comme repoussoir. On aurait donc là un exemple assez surprenant de personnes pour qui ce serait l'assimilation, réelle ou fantasmée, avec le camp conservateur qui serait perçue comme infamante, et qui essaieraient de tout faire pour s'en démarquer, quitte à perdre en radicalité (assez paradoxalement).

Attention, entendons-nous bien, la politique de la respectabilité n'est pas nécessairement une mauvaise chose en soi. Certains stéréotypes sont effectivement très nuisibles, et il peut être souhaitable et même nécessaire d'aller à leur encontre. Dans certains cas, les stéréotypes peuvent même s'avérer être des pièges qui peuvent mener jusqu'à défendre des choses qui ne devraient pas être défendables, ou à se montrer en quelque sorte plus conservateur et moins radical qu'on ne le prétend soi-même.

La politique de la respectabilité peut aussi être associée à une certaine forme de pragmatisme et d'enrichissement idéologique (en prenant mieux en compte les objections et les différentes facettes d'un même problème), là où l'anti-respectabilité peut être davantage associée à diverses formes d'utopisme, de cynisme, de jusqu'au-boutisme, de rigidité idéologique ou de dogmatisme.

Par exemple, l'ADFH est parfois raillée par les militants LGBT les plus « radicaux » notamment à cause de la perception d'une certaine tendance[2] à lorgner du côté de la respectabilité, mais il n'empêche qu'il s'agit à ma connaissance de la toute première association LGBT à avoir revendiqué directement la levée de l'anonymat des dons de gamètes, et pas une solution intermédiaire comme le double guichet.

Cependant, la respectabilité peut aussi devenir une mauvaise chose, notamment lorsqu'elle a pour conséquences un affadissement des revendications, la compromission avec des groupes aux intérêts opposés ou le fait de ne plus rien proposer de véritablement innovant ou subversif.

Pour revenir au sujet de base, autant cette approche pourra très certainement fonctionner auprès d'associations mainstream pas trop sectaires et Inter-LGBT-compatibles, autant celle-ci sera inefficace pour tenter de convaincre les groupes les plus « radicaux » tels que les Gouines contre Nature, qui ne veulent pas entendre parler d'« origines » et récusent l'emploi de ce type-même de vocabulaire. Néanmoins, il est vrai que les groupes de ce type-là sont (heureusement) encore très marginaux, et qu'ils ne constituent probablement pas la cible principale de l'activité militante de l'association Origines, de toute façon.

Bref, tout cela illustre qu'il y a un bon équilibre à trouver entre respectabilité et revendicativité.

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[1]Encore que cela soit éventuellement assez relatif. Une des associations qui fait équipe avec Origines, GayLib, représente historiquement les LGBT de droite et de centre-droit.

[2]Objectivement très relative, tant la légalisation de la GPA, l'une de leurs revendications-phares, a été agitée comme repoussoir absolu par toute la droite et même certain-e-s allié-e-s auto-proclamé-e-s « progressistes ».



27/09/2019

Les arguments fallacieux des « Gouines contre Nature »

L'« intégrisme LGBT » que j'avais dénoncé dans un précédent article vient enfin de se doter d'une expression politique : les Gouines contre Nature (que nous appellerons ci-après GCN, pour simplifier la lecture).

Quelque part, paradoxalement, je considère que c'est une bonne chose que ce mouvement se dote d'une expression politique et d'une appellation, car jusque là, pour désigner cette idéologie, il fallait recourir à des termes trop ambigus (comme « lesbianisme radical », « intégrisme LGBT »), qui pouvaient laisser croire que nous étions hostiles aux droits LGBT dans leur ensemble, alors que si l'on parle de « GCN », on sait tout de suite à qui on a affaire.

Les GCN ont récemment organisé un événement place Saint-Michel à Paris, le 5 octobre. L'objectif en est de dénoncer les « manquements » du projet de loi actuel, à savoir les insuffisances en matière de parentalité trans mais surtout, aussi, la levée de l'anonymat des donneurs (et ce, bien que l'accès aux origines fasse partie des revendications de l'Inter-LGBT en 2019).

Soyons clairs : ce ne sont absolument pas les questions liées à la parentalité trans (qui me semble être un combat tout à fait légitime) que je conteste (même si les GCN instrumentalisent certainement la question pour gagner des sympathisant-e-s et ne pas parler du reste). Plutôt le fait que dans ce cas, l'anonymat soit toujours défendu avec des arguments qui ne résistent pas à l'analyse critique.

En effet, dès l'introduction, il est écrit : « Nous appelons au rassemblement le 5 octobre 2019 pour les droits reproductifs, pour le droit à disposer de nos corps librement, nos gamettes [sic] comprises. »

J'aimerais revenir sur cette notion de « droit à disposer de son corps librement », qui me semble mobilisée à tort et à travers. Pour moi, cette notion n'est rien d'autre qu'un artifice rhétorique. Rien que sur l'IVG, par exemple, on ne va jamais totalement au bout de ce que cette notion implique. À part quelques illuminé-e-s, personne ne défend le droit d'avorter jusqu'au neuvième mois de grossesse, par exemple. De même (à part les libertariens, probablement les plus cohérents dans cette démarche) personne n'aurait l'idée d'utiliser cette notion pour revendiquer le droit de rouler en voiture sans mettre sa ceinture de sécurité ou même sans permis.

Ensuite, techniquement, ce n'est même pas du « droit à disposer de [leur] corps librement » que parlent les GCN. Cette loi ne changera rien - ou presque, et dans un sens positif - à l'utilisation de leurs propres gamètes. En réalité, paradoxalement, les GCN militent surtout, à première vue, pour le droit des donneurs (majoritairement masculins) à disposer de leur corps à eux. Je dis à première vue, car sous le régime français d'anonymat pur et simple, ce droit à disposer de son propre corps est en réalité très restreint, ce que beaucoup de donneurs déplorent eux-mêmes.

Bref, on acceptait déjà auparavant que le droit des donneurs à disposer de leur corps connaissait de nombreuses limites, ce principe reste le même, seules les modalités vont changer.



Continuons. Au début de leur tract, il est écrit « La PMA voulue par la majorité et défendue par la ministre de la santé Agnès Buzyn transforme le donneur de gamète en “père biologique”, et le don de spermato en “origines” pour nos enfants. »

À ce sujet, il faut dores et déjà noter que non, ce n'est pas la réforme qui transforme le donneur de gamètes en « père biologique » (l'expression ne figure d'ailleurs même pas dans le projet de loi) et les spermatozoïdes en « origines »[1]. Ce sont des personnes, le plus souvent elles-mêmes concernées, qui utilisent ce langage - parfois, mais pas tout le temps. Pour défendre la première assertion (père biologique), les GCN s'appuient sur une phrase d'Agnès Buzyn qu'elle a prononcée lors d'une interview, pour prétendre que ce serait comme cela que tous les partisans de la réforme verraient les choses. Certes, elles peuvent déplorer qu'Agnès Buzyn parle d'« origines » et de « père biologique » (expressions pourtant techniquement correctes) mais le déploreront-elles lorsque ce seront leurs propres enfants qui le feront ?

Ensuite : « Nous refusons de laisser l’Etat nous imposer des présences masculines dans nos familles, car nous y voyons une manière de nous rappeler que celles-ci n’ont de la valeur seulement quand nous avons un lien avec un homme. Nous voulons vivre nos maternités librement et nous n’admettons pas que l’ordre répressif hétérosexuel nous impose ses termes et sa vision réactionnaire de la famille. »

Ce passage révèle une profonde méconnaissance des revendications des personnes IAD, qui entrevoient toutes l'accès aux origines comme un droit ouvert à l'enfant et non pas comme une obligation imposée aux parents. Je répète encore, en quoi, pour un enfant, le fait de pouvoir avoir accès à l'identité de son géniteur à sa majorité légale constitue-t-il un moyen d'imposer une « présence masculine » à sa famille ? À ce stade-là, je me pose donc la question : ou bien les GCN n'ont pas compris le projet de loi, ou bien elles n'utilisent cet argument que comme façade pour cacher d'autres intentions. Notamment, et je le dis tel quel, la peur de la liberté que pourraient avoir leurs propres enfants dans leur façon d'envisager leur famille.

En fait, ce passage relève de la désinformation pure et simple, et c'est à cela qu'il faudra être particulièrement vigilant.

« On nous rejoue la musique de 2013, en opposant le droit des femmes lesbiennes et célibataires à faire famille à la thèse préférée de l’extrême droite : l’intérêt de l’enfant. Nous devrions tout accepter, de la levée de l’anonymat des donneurs au monopole complet des médecins sur le processus de procréation, sous peine d’être pointée du doigt comme des femmes capricieuses, égoïstes et négligentes du bien-être de leurs enfants. Ces arguments, nous les connaissons bien, puisque nous les entendons quand nous avortons, quand nous accouchons sous X, et à chaque fois que nous luttons pour le droit de disposer librement de nos corps. »

Ou quand le simple fait de parler d'intérêt de l'enfant fait de vous une personne d'extrême-droite... Rappelons à ce sujet que la notion d'intérêt supérieur de l'enfant provient de la Convention des droits de l'Enfant de 1989. D'extrême-droite, l'ONU ?

Par ailleurs, l'extrême-droite, la vraie, a toujours été profondément hostile aux droits de l'enfant ; il n'y a qu'à voir ce qui se passe en ce moment à la frontière mexicaine pour s'en convaincre.

Par opposition, ce serait une idée de gauche que de prétendre que l'enfant n'a pas d'intérêt ? Étrange perspective...

Cette manipulation rappelle quelque peu celle qui a eu lieu, dans certains milieux, concernant l'idée de laïcité.

Lorsque l'on lit la suite, on se rend compte qu'elles revendiquent en réalité un droit à ce que leurs décisions personnelles ne puissent être critiquées, même lorsqu'elles ont un impact sur d'autres personnes. Va-t-on promouvoir le droit à picoler et à fumer pendant la grossesse au nom des mêmes arguments ?

Je ne reviens pas sur les derniers paragraphes, car y répondre serait réitérer mes précédents arguments.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette étrange fascination paradoxale, très certainement inconsciente, qu'exercent certaines idées libertariennes et/ou conservatrices, notamment un certain type de modèle familial autoritaire, sur les sympathisantes GCN[2], notamment l'idée que « si les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l'Etat » ou « les parents comme premiers éducateurs de leurs enfants », toutes historiquement des idées de droite. C'est là qu'on voit que les extrêmes se rejoignent.

Certaines sympathisantes GCN semblent même envier aux hétérosexuels leur capacité à cacher à leurs enfants le secret de leur conception, alors que les personnes IAD ne le voient justement pas comme une bonne chose. Paradoxalement, certaines associations autrefois opposées à la levée de l'anonymat s'opposent à la RCA, qui garantirait l'accès aux origines pour les enfants de couples hétérosexuels, et les GCN elles-mêmes soutiennent, indirectement, l'idée que les couples hétérosexuels puissent cacher son mode de conception à leur enfant.

Bref, tout cela illustre parfaitement bien l'écueil, voire l'impasse d'un certain militantisme dogmatique enfermé dans un carcan idéologique et peu ouvert à la discussion. Les LGBT valent mieux que ça. S'il est impossible d'avoir un débat rationnel avec les GCN les plus extrémistes, il est en revanche possible de discuter avec des personnes qui seraient tentées par cette idéologie, afin d'en réfuter les arguments les plus répandus. D'où la nécessité de rester le plus inclusif possible envers les populations LGBTI+, afin de leur éviter de tomber dans le piège d'une idéologie sans issue.

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[1]Dans ce contexte, parler d'accès aux origines est certes une simplification, mais aucune personne IAD que je connais ne réduirait ses origines personnelles à son propre donneur uniquement.

[2]Ce que trahit l'usage de leur slogan officiel « Pas d'État dans nos familles ! », ainsi que la revendication implicite de voir leurs familles « protégées », et non leurs enfants.

19/09/2019

Y aurait-il bel et bien un « intégrisme LGBT » ?

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde." 
Albert Camus

Il existe des intégristes dans tous les milieux, malheureusement. Chez les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les majorités et les minorités. Par delà leur extraordinaire diversité, tous les intégristes ont bien davantage en commun qu'ils ne voudraient l'admettre. Par exemple, tous semblent partager la conviction commune selon laquelle si les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, c'est qu'ils appartiennent à l'État. Par ailleurs, tenter de débattre avec un intégriste, quel qu'il soit, c'est un peu comme essayer de jouer aux échecs avec un pigeon : il va renverser les pièces, chier sur le plateau et se pavaner fièrement l'air de rien, comme s'il avait gagné. C'est simple, les intégristes de tout genre ne font aucun effort pour comprendre la perspective de l'autre, puisqu'ils ont déjà toutes les réponses.

Malheureusement, il existe aussi, en un sens, des personnes qui partagent ce genre de mentalité chez les LGBT, pourtant historiquement victimes de ces mêmes intégristes. Ce sera donc le sujet de cet article.

Tout d'abord, je dois apporter quelques précisions. Pour qui en douterait, tou-te-s celleux qui me connaissent savent que je n'ai absolument rien contre l'idée que les homosexuels puissent élever des enfants, y compris en ayant recours à la PMA. Un homosexuel n'est donc pas un « intégriste » pour la seule et unique raison de vouloir élever des enfants, que ce soit seul ou en couple. Par ailleurs, les quelques familles homoparentales que je connais sont parmi les familles les plus ouvertes d'esprit qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer.

Avant d'aller plus loin, sans même parler d'« intégrisme », les idées de complot, de propagande ou même tout simplement de lobby LGBT, sont des clichés réactionnaires et, partout dans le monde, ces notions sont souvent brandies contre des revendications tout à fait raisonnables, voire en opposition au simple respect élémentaire des droits humains.

Une fois ces précisions posées, avançons.

Pour commencer, ce que je vais dorénavant appeler l'« intégriste LGBT » (n'ayons pas peur des mots) est avant tout une espèce de SJW(TM) dont l'activisme concerne principalement les questions LGBT[1]. Iel est particulièrement extrémiste et virulent en la matière. En fait, pour résumer, on pourrait dire que cet « intégriste » est un peu au combat LGBT ce que les Indigènes de la République sont à la lutte antiraciste.

Ce qui préoccupe le plus l'« intégriste LGBT » en ces temps de débats bioéthiques, c'est la volonté de rendre les dons de gamètes non-anonymes (les enfants du dons pourra accéder à l'identité de leur donneur à leurs 18 ans). Pour diverses raisons, l'« intégriste LGBT » y voit une forme de lesbophobie honteuse, à peine dissimulée.

Certes, certains arguments avancés peuvent sembler légitimes. Il est vrai qu'on peut critiquer le timing de cette proposition (l'ouverture de la PMA à toutes les femmes et la levée de l'anonymat sont discutés au même moment) ainsi que le langage employé par la ministre Agnès Buzyn, qui ne témoigne pas toujours d'une véritable maîtrise du sujet.

Mais s'appuyer uniquement sur ces deux arguments n'est pas très honnête, intellectuellement.
Il y a d'autres arguments. Examinons-les de plus près.

L'« intégriste LGBT » avance que la fin de l'anonymat entraînerait mécaniquement une chute, voire une disparition des dons de sperme. Cela a beau être démenti par l'expérience des pays voisins qui nous ont devancés en la matière, l'intégriste LGBT n'a que faire des études, de l'empirisme et de ce qui se passe à l'étranger.

L'« intégriste LGBT » avance aussi que la fin de l'anonymat précariserait sa famille et la menacerait d'être exposée à l'existence d'une figure masculine. Historiquement, il s'agissait effectivement d'une préoccupation légitime, mais on se demande bien en quoi le fait de pouvoir découvrir l'identité de son géniteur à 18 ans seulement, à sa majorité légale, à un âge où l'on censé être suffisamment mature pour bien faire la distinction entre géniteur et père, contribuerait à précariser des familles.

Ce qui m'emmène à ce qui est peut-être la véritable raison, non-avouée, de cette opposition à la levée de l'anonymat : à savoir, la volonté de pouvoir exercer une forme de contrôle idéologique sur ses propres enfants, voire leur nier le droit à exprimer leurs propres opinions sur le sujet, afin de ne pas être ébranlé-e dans le confort de ses propres certitudes dogmatiques.

Attention, si on ose plaisanter sur le fait que les « intégristes LGBT » traiteraient leurs propres enfants de lesbophobes parce que celleux-ci se demandent où est leur « papa », on se voit tout de suite taxé de lesbophobie puante par mépris pour leur capacité pédagogique. À vrai dire, je ne pense pas littéralement que ces personnes accuseraient leurs enfants d'être lesbophobes si iels posaient des questions sur leur « père ». Mais l'on est en droit de douter, néanmoins, que l'adhésion à une idéologie aussi extrême facilite véritablement le dialogue vis-à-vis de ses propres enfants[2], à moins de chercher à tout prix de se séparer du reste de la société dans une véritable démarche intégriste.

Il s'agit en effet d'une idéologie qui, en termes aristotéliciens, entend réduire l'origine d'un individu à sa pure cause finale, alors que les autres causes sont peut-être tout aussi importantes pour lui.

Ainsi, il ne faut pas parler d'« origines », même biologiques, mais uniquement de « sperme » ou de « matériel génétique ». Il s'agit pourtant là d'une des causes matérielles et formelles de la formation d'un individu, et en un sens, il s'agit donc bien d'origines, au moins au sens biologique du terme.

De même, il ne faut pas parler de « don » mais d'« assistance médicale ». Il ne faut pas parler de « père biologique », ni même de « géniteur » ou de « donneur » ; en fait, il faut aller jusqu'à nier l'existence d'un homme, ou même d'une personne, derrière le don de gamètes[3].

Enfin, il ne faut pas parler de « PMA » mais de « faire un enfant ».

On comprend qu'avec ce genre d'argumentaire, les partisans modérés de la PMA n'ont pas besoin d'ennemis.

Cela montre que cette opposition à la levée de l'anonymat ne s'appuie pas que sur des arguments juridiques, elle est aussi « morale ». Par exemple, on peut être favorable au double guichet mais reconnaître qu'idéalement, il est préférable d'avoir recours à un donneur connu (par exemple chez certain-e-s libertarien-ne-s, par pure application de principes idéologiques). Ce n'est pas leur cas. Pour elleux, la morale est un truc de bourgeois, si bien qu'il est immoral de critiquer une femme qui aurait recours à un don anonyme, au nom de la formule « son corps, son choix » quand bien même la libre disposition de son corps connaîtrait de nombreuses limites, notamment celle de ne pas utiliser son propre corps de façon qui puisse porter préjudice à d'autres personnes.

Cela suggère aussi que, contrairement à ce que prétendent les réactionnaires - et contrairement à ce qu'iel prétend iel-même parfois - l'« intégriste LGBT » ne veut aucunement abolir la famille. En réalité, iel veut la recréer de façon tout aussi autoritaire, voire davantage, qu'auparavant. Un peu à la manière des bolchéviks de 1917, qui pensaient que l'on pouvait détruire l'État en renforçant considérablement son pouvoir.

L'« intégriste LGBT » a toujours raison. Iel prétend que la levée de l'anonymat est lesbophobe parce que la PMA concerne les lesbiennes, mais si on lui dit qu'elle concerne aussi les hétéros, iel y voit la preuve que la levée de l'anonymat est une revendication d'hétéro. Les biais liés au système actuel (en France, PMA réservée aux couples hétéros, avec très peu de donneurs non-blancs) sont complètement ignorés et mis de côté.

L'« intégriste LGBT » connaît le sens de l'Histoire mieux que quiconque (et surtout vous) et sait que vous êtes réactionnaire et iel progressiste. 

L'« intégriste LGBT » veut absolument des enfants, mais ne se renseigne pas d'abord sur ce que vivent ces enfants (ou retient uniquement ce qui l'arrange). Iel n'écoute pas les concerné-e-s quand leur discours la dérange, et pratique le « saucissonnage du concernement », en rejetant les témoignages des personnes qui ne sont pas suffisamment concerné-e-s selon iel. Iel serait même presque prêt-e à les envoyer en camp de rééducation pour tenter les débarrasser de leurs pensées négatives, si iel le pouvait.
De toute façon (et c'est une caractéristique qu'iel partage avec le réactionnaire), l'« intégriste LGBT » n'a que faire des études et des témoignages (sauf ceux qui vont dans son sens). Seule lui importe son idéologie[4].

L'« intégriste LGBT » est un-e habitué-e des faux dilemmes. Si on lui dit que les enfants sont concerné-e-s aussi par la PMA, tout d'un coup les LGBT cessent de l'être.

L'« intégriste LGBT » accuse celleux dont les ressentis ne lui plaisent pas de verser dans le « pathos » mais son indignation à iel doit toujours être considérée comme parfaitement légitime, sans jamais verser dans le pathos.

L'« intégriste LGBT » pratique le purisme idéologique, et sur les réseaux sociaux, bloque souvent - et parfois même si iel n'a jamais interagi avec elleux - les personnes qui émettent des opinions qui lui déplaisent, même lorsqu'elles sont raisonnables et argumentées.

L'« intégriste LGBT » aime les procès d'intention. Pour iel, si on demande l'accès aux origines c'est que l'on prétend que les enfants iraient forcément mal si iels ne les connaissaient pas. Il ne lui vient pas à l'esprit que ce n'est que parce qu'il est possible qu'iels aillent mal que nous le demandons.

L'« intégriste LGBT » adore les amalgames et les raccourcis foireux[5]. Par exemple, pour iel, le simple fait de parler d'intérêt de l'enfant est « fasciste ». Lorsqu'on lui fait remarquer que ne pas avoir la possibilité de connaître ses origines biologiques n'est peut-être pas dans le meilleur intérêt de l'enfant, iel fait dévier la conversation en parlant de choses certes tout aussi importantes,  mais sans rapport direct.

L'« intégriste LGBT » est généralement misandre et hétérophobe (et le revendique ouvertement), tout en considérant que la misandrie et l'hétérophobie n'existent pas, parce que ces oppressions ne font pas système. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'intégriste LGBT ne propose rien pour les enfants nés dans des couples hétérosexuels, et se moque de leur ressenti.

L'« intégriste LGBT » s'identifie à la communauté LGBT toute entière (alors qu'il n'en constitue iel-même qu'une infime minorité) parce qu'iel s'en croit à l'avant-garde, et pour rendre impossible la critique rationnelle de ses arguments[6].

L'« intégriste LGBT » est pétri-e de contradictions. Iel peut simultanément prétendre que la levée de l'anonymat ferait chuter les dons et qu'il n'y a personne derrière les gamètes fournis, ou que la biologie n'a aucune importance et vouloir un donneur de la même ethnicité qu'iel pour son enfant.

L'« intégriste LGBT » est toujours en colère contre la « méchante société » et lui attribue tous les problèmes que pourraient éventuellement connaître ses enfants. Si on lui dit que certain-e-s enfants de familles homoparentales sont carrément devenus homophobes en partie à cause d'un problème de communication avec les parents, ils en déduisent que si les enfants de familles homoparentales deviennent homophobes ce serait à cause de l'orientation sexuelle de leurs parents (et uniquement à cause de cela). Cela devient vite pratique comme excuse pour lui éviter de se remettre en question.

Un résumé des arguments.

Pour résumer, l'« intégriste LGBT » cause énormément de tort à la communauté LGBT, d'autant plus que les homophobes s'imaginent volontiers que tous les LGBT ressemblent à cela, à cause d'une minorité de personnes qui braillent plus fort que les autres sur Twitter.

Maintenant, se pose la question de savoir comment réagir face à cela. Des personnes que je croyais de bonne volonté se sont récemment fait-e-s l'écho de leurs désinformations sur Twitter, parce qu'iels gravitaient autour de cette sphère. Pour contrer ce genre de rhétorique, je pense qu'il est essentiel de :

- montrer que nous ne sommes pas « de droite » (certains peuvent l'être à titre personnel, mais certainement pas tous) ;
- rester le plus inclusif possible envers les populations LGBT+ et mettre en avant leurs expériences, pour contrer celles des « intégristes » ;
- et surtout, le plus important, refuser le jeu de la concurrence victimaire.

Si cela ne convaincra évidemment pas les « intégristes LGBT » elleux-mêmes, cela semble dores et déjà fonctionner sur certaines personnes sensibles à leur désinformation.

De toute façon, à force de rester les un-e-s sur les autres et de se fâcher avec tout le monde, les « intégristes LGBT » sont de plus en plus minoritaires, même au sein de la communauté LGBT. Leur sympathie potentielle dans l'opinion publique est proche du zéro absolu et leur poids politique inexistant.

Iels ne sont qu'une nuisance temporaire. Nos véritables adversaires sont, et restent, La Manif Pour Tous.

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[1]En réalité, surtout L, parfois G et T, plus rarement B. Mais dans tous les cas, une minorité de minorité. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, les personnes qui partagent cette idéologie ne sont pas nécessairement elles-mêmes LGBT.

[2]En ce sens, toutes proportions gardées, les « intégristes LGBT » ressemblent un peu aux terroristes qui dénoncent les caricatures qu'on en fait, tout en ressemblant un peu eux-mêmes à ces mêmes caricatures.

[3]À l'inverse, on ne verra jamais un homme gay ou bi, même « extrémiste », nier qu'une femme a joué un rôle dans la conception de son enfant. Vu les préjugés actuels autour de la GPA, ce serait vu comme extrêmement misogyne de sa part.

[4]Il se peut qu'il y ait des enfants d'« intégristes LGBT » qui ne questionneront jamais leurs origines et adhéreront entièrement à leur idéologie, néanmoins on peut se poser les raisons de la construction d'un tel attachement.

[5]Dans ce milieu, les militants pour l'accès aux origines sont parfois comparés aux militants anti-avortement, comme ceux des Survivants. En réalité, il y a beaucoup trop de différences entre les deux questions pour qu'on puisse réellement les comparer.

D'une part,  l'opposition à l'avortement est profondément enracinée dans des conceptions religieuses relatives à l'« âme du fœtus » ou au contraire à une vision purement matérielle de la vie (le fœtus a des bras, des jambes, etc, donc c'est un humain). Elle ne s'appuie pas sur des preuves empiriques.

Ensuite, l'IVG est un moyen d'éviter les grossesses non-désirées, tandis qu'au contraire la PMA est un moyen de tomber enceinte. Cette simple différence fait que, si l'on compare certains arguments relatifs à une naissance par empêchement d'IVG et à une naissance par PMA, ils pourront sembler étrangement similaires, bien qu'utilisés par des bords opposés sur la « libre disposition de son corps ».

Enfin, les Survivants ne sont pas des fœtus, et encore moins des fœtus avortés, alors que les membres de PMAnonyme sont au contraire des personnes directement concerné-e-s.

Pour invalider davantage la comparaison, on peut noter d'une part que ce n'est pas parce que l'IVG est autorisée que celle-ci l'est jusqu'au neuvième mois de grossesse, et que la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Suède, pays où l'anonymat des donneurs n'existe pas, ont des lois plus libérales que les nôtres en la matière (de 18 à 24 semaines de grossesse contre 12 chez nous).

[6]On voit d'ailleurs le même genre de manipulation chez les intégristes des autres communautés, généralement.

16/09/2019

S'opposer à l'anonymat des donneurs de gamètes est-il lesbophobe ?

Sur Twitter, il peut parfois être dangereux de défendre la levée de l'anonymat des dons de gamètes (que ce soit sur le plan légal ou même simplement moral). En effet, quels que soient notre niveau de « wokerie » personnelle, de prudence dans l'expression de nos propos ou de qualité de notre argumentation, une accusation infamante et tristement commune dans certains milieux vise à couper court à toute espèce de débat rationnel : celle de lesbophobie.

Les arguments avancés pour étayer cette accusations sont principalement les suivants :

D'une part, on ne parlerait d' « accès aux origines » que depuis la proposition d'extension de la PMA à toutes les femmes. C'est bien sûr faux, puisque cette revendication existe depuis bien plus longtemps que cela, et qu'on attendait une nouvelle révision des lois bioéthiques pour faire d'une pierre deux coups.

Ensuite, s'opposer à l'anonymat des donneurs reviendrait à vouloir restreindre le recours à la PMA pour les lesbiennes (voire à s'opposer à la PMA tout court, pour certaines d'entre elles). A long terme, ce n'est pas nécessairement vrai, et plusieurs études suggèrent même le contraire.

De plus, renoncer au don anonyme reviendrait à imposer une figure masculine aux couples de femmes et contribuerait à précariser ces familles. À vrai dire, on est quasiment dans la désinformation, à ce niveau-là. En effet, découvrir l'identité de son géniteur est un droit qui ne reviendrait qu'à l'enfant et que celui-ci ne pourrait exercer qu'à partir de ses 18 ans (c-à-d à sa majorité légale). On voit mal comment un exercice aussi tardif de ce droit pourrait précariser des familles, d'autant plus qu'à cet âge les enfants sont légalement majeurs, et que ce droit n'ouvre de toute façon aucune possibilité de filiation (on trouve parfois quelques anecdotes qui suggéreraient le contraire, mais elles sont, justement, relatives à un cadre juridique peu sécurisé).
À moins que, tout simplement, cette inquiétude n'ait comme unique source la peur de la liberté que pourraient avoir nos propres enfants dans la façon de concevoir leur famille.

Le prochain argument relève du plus pur déshonneur par association : en effet, le simple fait de parler de « levée de l'anonymat » constituerait une forme de concession honteuse à la rhétorique de La Manif Pour Tous. Comme suggéré dans un précédent article, certaines militantes radicales semblent être devenues allergiques à toute forme de rhétorique tournant autour de l'intérêt supérieur de l'enfant, et n'abordent la question des droits de l'enfant que sous l'angle de la whataboutery. Que LMPT instrumentalise les concepts de droits de l'enfant et de vérité biologique est une chose, mais depuis quand défendre les droits de l'enfant est-il devenu une idée de droite ?

Enfin, on peut noter un recours constant au faux dilemme : si on leur dit que les enfants conçus par don sont concernés par l'ouverture de la PMA et la fin de l'anonymat, cela signifie-t-il tout de suite que les lesbiennes cessent de l'être ? Et comment prétendre sérieusement que les enfants ne seront pas concernés par cette avancée (ce qui est clairement sous-entendu, parfois) ?

Un dernier point concerne le vocabulaire utilisé, mais j'y reviendrais.



Les questions qu'il faut se poser, face à ces accusations, sont les suivantes :


Est-ce que le recours à un don anonyme concerne exclusivement les lesbiennes ?

Est-ce que le recours à un don anonyme est universel chez les lesbiennes ?

Est-ce que les partisans du droit d'accès aux origines ne s'opposent au don anonyme que pour les lesbiennes ?


Les réponses à ces questions sont, respectivement, non (trivialement), carrément non (par expérience) et non (par défaut, puisqu'à ma connaissance, il n'existe pas d'association de personnes conçues par don, même franchement réac, qui ne s'opposerait aux dons anonymes que pour les lesbiennes).

De fait, et contrairement à certaines désinformations répandues dans ces milieux, le projet de loi actuel prévoit la levée de l'anonymat pour tous les couples, y compris hétérosexuels. Certes, ceux-ci pourront toujours, naturellement et légalement, garder le secret sur la conception de leur enfant, mais bizarrement les militantes radicales s'opposent aussi aux arrangements qui pourraient permettre de rompre le secret chez les couples hétéros.

Autrement, il est dangereux de catégoriser tout un mouvement comme lesbophobe, à moins de bien savoir de quoi on parle ; de même qu'il est dangereux, pour les personnes en colère vis-à-vis de leur propre mode de conception, de penser (à tort) que toutes les lesbiennes soutiennent l'anonymat des donneurs, ou de croire que la lesbophobie (c'est-à-dire la haine) est une réponse appropriée face à l'anonymat des donneurs de gamètes. Le mouvement pour l'accès aux origines se doit de combattre et de détruire ce sentiment, dans les quelques rares recoins où celui-ci existe encore.

Pour finir, j'aimerais terminer sur le mode de pensée à l'origine de cette accusation.

Comme déjà évoqué, celles qui en sont à l'origine ne conçoivent pas l'homosexualité comme une simple histoire d'attirances mais comme une idéologie (ce qui constitue déjà en soi un gros fantasme de LMPT, mais passons) et on pourrait même dire que certaines aspirent à en faire une religion, avec ses commandements (l'anonymat des donneurs) et ses blasphèmes (parler de « père biologique », par exemple).

Cette idéologie repose notamment sur l'idée que les lesbiennes (ou plutôt une vision fantasmée de ce que devraient être les lesbiennes, selon les adhérentes de cette idéologie) constitueraient le groupe ultime d'opprimées et se trouveraient donc, par là-même, au-dessus de toute critique éventuelle. Ainsi est rejetée l'idée que les lesbiennes puissent éventuellement être dominantes par rapport à d'autres groupes (suivant les courants et les circonstances, cela peut être les bisexuels, les pansexuels, les trans, les asexuels, les adeptes du BDSM, les personnes conçues par don...)

On a déjà trouvé ce syndrome ailleurs dans l'histoire, que ce soit en Union Soviétique ou en Israël, par exemple.

La diffusion de cette idéologie est favorisée par un certain entre-soi militant, caractérisé par un important sectarisme, et par une fermeture délibérée à la discussion rationnelle.

Néanmoins, faut-il encore le rappeler, cette idéologie reste très minoritaire, même parmi les mouvements LGBT, et découle d'une mauvaise interprétation de ce que constitue le fait d'être de telle ou telle orientation sexuelle. En fait, plus que de nous amener à infléchir nos positions, j'ai surtout l'impression que cette situation risque de favoriser la lesbophobie (la vraie) dans nos rangs, chez des personnes peu informées, si l'on y prend pas garde et si elles se laissent instrumentaliser par La Manif Pour Tous. C'est pourquoi, à cet égard, les conseils que j'ai donnés précédemment sont d'une importance fondamentale.

(une partie de cet article a été fortement inspirée par deux articles en anglais ayant pour thème la circoncision. Cela montre à quel point les arguments sont similaires, dans un cas comme dans l'autre)

08/09/2019

Contre l'instrumentalisation des témoignages (positifs ou négatifs) autour de l'homoparentalité

Chez les gens de gauche (et les activistes LGBT, bien entendu), il est courant de partager des témoignages positifs autour de l'homoparentalité, pour montrer que « les enfants vont bien » et en espérant ainsi convaincre des personnes réticentes et/ou réactionnaires.

Mais généralement, ils ne comprennent pas pourquoi les gens de droite ne sont pas convaincus par ces témoignages. C'est parce que ceux-ci ne les intéressent pas. Pour certains d'entre eux, un seul témoignage négatif suffit à discréditer l'homoparentalité.

Et si on cherche des témoignages plus ou moins négatifs sur l'homoparentalité, on en trouve.

Certains sites se sont faits une spécialité de recueillir ce genre de témoignages.

Maintenant, penchons-nous sur la possibilité de décortiquer ceux-ci.
Tout d'abord, gardons-nous bien d'invalider tout ressenti, aussi négatif soit-il. Là-dessus, souvenons-nous de ce que disait Acermendax sur les SJW (paradoxalement) :

Laisser la parole en priorité à ceux qui sont frappés par les discriminations est évidemment une bonne chose, cette prise de parole fait partie de la solution : elle rappelle aux dominants que d’autres types d’individus existent, qu’ils ont un point de vue et que le résultat de la violence sociale, ce sont eux qui le vivent. L’expression de ce ressenti est importante ; le privilégié serait donc bien inspiré de prendre conscience de ses privilèges et de la mettre en veilleuse quand il a la possibilité d’entendre un moins privilégié que lui s’attaquer au problème. Ce principe rejoint une éthique personnelle dont il est utile de faire la promotion de manière pédagogique. Toutefois, si cette parole à l’opprimé fait sens dans le cadre du ressenti, elle devient absurde lorsqu’elle est étendue au cadre de la réflexion sur les dynamiques sociétales de préservation de stéréotype, ou sur les moyens de lutte contre les discriminations (extension que pratique volontiers le SJW).

Ce ne sont donc pas les ressentis qu'il faut critiquer, mais les implications qu'il y a derrière telle ou telle instrumentalisation. Nous supposerons également que les témoignages sont de bonne foi (il est trop facile de suggérer que tel ou tel témoignage relèverait d'une fabrication). Cependant, je suis aussi obligé de préciser que certains de ses témoignages sont tronqués. Souvent, le contexte d'origine peut permettre de relativiser l'interprétation homophobe qui peut en être tirée.

En l'occurrence, le premier témoin a deux mamans et se demande ce que cela ferait d'avoir un père, et se demande l'identité de son père biologique. Cela ne me paraît pas anormal. Il se trouve que l'un de mes grands-pères est mort bien avant ma naissance et que l'autre est décédé peu après. En conséquence, je me suis parfois demandé ce que cela faisait d'avoir un grand-père encore en vie. Le témoin indique même explicitement qu'il ne souhaite pas que celui-ci devienne un papa actif, qu'il veut juste connaître son identité. A aucun moment n'est sous-entendue l'idée selon laquelle l'homoparentalité serait quelque chose d'intrinsèquement mauvais et qu'il faudrait interdire le mariage pour tous.

La deuxième témoin est apparemment la fille d'une mère célibataire (bien que lesbienne), donc le rapport à l'homoparentalité est déjà assez ténu en soi. Elle considère le donneur de sperme comme son père (ce qui arrive plus facilement lorsqu'on est l'enfant d'une mère célibataire) et désirerait le connaître et entretenir une relation père-fille avec lui. C'est son droit le plus strict, bien entendu, mais au-delà de ça il n'y a pas de réel sous-entendu politique, à part qu'il s'agit d'un sujet dont il n'est pas facile de parler avec sa mère.

La troisième témoin considère ses deux mamans comme les meilleurs parents qu'elle et sa sœur ont pu avoir (en quoi est-ce un argument contre l'homoparentalité ?). Certes, elle veut un papa, mais cela ne me semble pas anormal (cf. précédemment) et elle indique qu'elle n'est ni contre le mariage pour tous, ni contre l'homoparentalité.

Le quatrième témoin est l'enfant d'une mère célibataire, peut-être décédée (vu le temps utilisé). Il exprime des sentiments mitigés : d'un côté il évoque la « kick-ass mom » qui l'a mis au monde, de l'autre il souligne qu'elle ne saura jamais les dégâts qu'elle a causé en le privant de père, mais n'explicite pas davantage à ce sujet.

La cinquième témoin a aussi une mère célibataire lesbienne. Elle a apparemment souffert de ne pas avoir de père, mais les arguments qu'elle donne n'ont que peu avoir avec le genre de son parent et visiblement davantage à voir avec la façon dont sa mère l'a élevée, et les difficultés qu'elle a eu à communiquer avec sa mère (dont elle n'est pas la seule responsable).

La sixième témoin veut elle aussi un papa et semble être aussi dans un rapport d'opposition vis-à-vis de ses parents.

La septième témoin aime ses deux mamans et veut un papa. Là encore, sa colère se situe contre la PMA et l'anonymat des donneurs en particulier, mais elle soutient l'adoption pour les couples homosexuels.

Le huitième a été élevé par deux mamans et ne veut pas connaître son « vrai » papa. Il considère comme probable le fait que son père biologique soit un médecin peu scrupuleux. Cela l'a évidemment paniqué, mais cette histoire n'a que peu à voir avec le bienfondé ou non de l'homoparentalité.

La neuvième voulait un papa parce que le papa de son meilleur ami était quelqu'un de génial qu'elle admirait. Elle a pleuré lorsqu'on l'a qualifiée de « fille à papa », sachant qu'elle ne saura jamais ce que c'est.

Le dixième avait une mère biologique bisexuelle, en couple avec une femme à la naissance, dont le père biologique est le neveu de sa mère sociale. Elle n'a pas cherché à le contacter, par respect pour cet arrangement, mais reste en contact avec la sœur et le cousin de ce monsieur. Mis à part que la situation n'est pas toujours facile à vivre pour elle à cause de tous ces arrangements et de ces séparations, il n'y a pas de réel sentiment négatif exprimé.

La onzième veut un papa (encore), considère une famille normale comme ayant un papa et une maman et ne connaîtra jamais son père biologique.

Le douzième est un athée élevé par des pères gays. Il met sa maladie mentale à l'adolescence sur le compte de leur homosexualité et considère même l'homosexualité comme une maladie mentale. A ma connaissance, il s'agit du seul de ces témoignages qui évoque explicitement l'idée selon laquelle les personnes LGBT feraient intrinsèquement de moins bons parents que les autres (mais d'autres témoins l'ont aussi indiqué ailleurs).

La treizième a deux mamans. Elle n'a appris que tardivement que son donneur de sperme était en fait son « oncle ». Là encore, on trouve la critique d'un certain type d'arrangement, mais pas de l'homoparentalité en général.

La quatorzième est la fille de deux mères lesbiennes séparées. Elle a souffert d'habiter dans un quartier conservateur à partir de l'âge de six ans, où elle a dû inventer des histoires pour cacher l'absence de père. Ce n'est que tardivement qu'elle s'est mise à rechercher son père biologique.

Le quinzième a lui aussi deux mamans divorcées. Il souffre de ne pas avoir de papa (ou au moins un frère) dans sa famille. Il s'entend mal avec sa mère sociale et la famille de celle-ci.

La seizième ne sait rien de son père/donneur et ne s'entend pas très bien avec sa mère biologique.

Le dix-septième a deux mamans et ne connait pas sa famille biologique. Autrement, son témoignage est quelque peu confus.

Le dix-huitième a deux papas et appelle sa mère biologique « maman » lorsque ses papas ont le dos tourné.

Enfin, la dernière témoin a deux mamans, voulait un père bien qu'elle aime ses deux parents, et considère qu'on lui a menti lorsqu'on lui a dit qu'elle n'avait pas de père. Elle a connu plusieurs problèmes de stabilité émotionnelle et mentale à cause de cela.

Que penser de tous ces témoignages ?

D'abord, les thèmes récurrents :

- séparation précoce des deux parents,

- blocage de la communication vis-à-vis d'un des parents ou des deux (surtout si cela est accompagné d'un « trip » idéologique de leur côté),

- décalage vis-à-vis d'un environnement conservateur, qui a contribué à ce que certains de ces témoins intériorisent leur homophobie, parfois jusqu'à l'extrême,

- critique de certains arrangements (dont l'anonymat des donneurs), plus que de l'homoparentalité en général.

Dans de nombreux témoignages, on ressent aussi un certain manque de préparation du côté des parents (ce qui est normal car personne ne peut tout anticiper dans la vie d'un enfant), mais qui devrait s'estomper dans d'autres familles avec le temps, notamment avec l'acceptation grandissante de l'homoparentalité et les revendications croissantes des personnes nées d'un don.

A la lecture de ces témoignages, faut-il donc s'opposer à l'homoparentalité ?

Je pense que non, et je vais vous expliquer pourquoi.

Tout d'abord, je pense que lorsque l'on est favorable à l'homoparentalité (ce qui est mon cas), il faut au contraire rechercher activement ce type de témoignages. Il ne faut pas être favorable à l'homoparentalité grâce aux témoignages positifs ; il faut y être favorable malgré les témoignages négatifs. C'est ce qu'en rhétorique, on appelle la défense de l'homme d'acier, c'est-à-dire s'attaquer à la forme la plus forte de l'argument de son adversaire. Ou, en termes poppériens, il s'agit de chercher la réfutation plutôt que la confirmation de nos thèses.

En l'occurrence, est-ce que ces témoignages remettent en cause l'homoparentalité ?

Non. Je pense que les difficultés qui traversent ces familles sont davantage dues à la façon dont celles-ci sont gérées (manque de communication et/ou de disponibilité des parents, difficulté de bien s'armer face à un environnement conservateur, manque de soutien et d'accompagnement des parents et des enfants...) qu'à l'homoparentalité en elle-même.

Certes, la personnalité des enfants eux-mêmes peut aussi favoriser ce genre de problèmes. Personne ne peut s'assurer qu'une personne née par don sera heureuse vis-à-vis de sa conception. On ne peut qu'augmenter la probabilité que ce sera le cas.

Et les traits de personnalité qui favorisent ce genre de difficultés et d'accrochages peuvent aussi favoriser le genre de rébellion adolescente des enfants contre la façon dont ils sont élevés dans les familles dites « normales », pour des raisons souvent légitimes : la rébellion peut être une attitude saine, qui permet de faire évoluer la famille en tant qu'institution. Cependant, pour ces familles-là, personne n'irait remettre en cause des droits fondamentaux, comme le droit au mariage, sous prétexte de désaccords avec la façon dont ces familles élèvent leurs enfants. Et c'est bien là qu'on voit le cœur du problème.

Dans le pire des cas, les personnes qui haïssent leurs propres origines, cela existe dans tous les milieux et dans toutes les communautés, et seuls les « antis » verraient cela comme un argument valable contre l'existence de ces milieux et de ces communautés.

Sur le plan de la santé mentale, à éventuellement une exception près, la plupart de ces témoins ne se débrouillent en réalité pas si mal que cela (leurs difficultés éventuelles existent aussi dans d'autres familles, pour d'autres raisons), et certains d'entre eux sont même de parfaits petits militants conservateurs.

Tous ces témoignages précédents permettent aussi de mieux comprendre pourquoi les familles hétéroparentales infertiles tiennent tant au secret, cette pure manifestation de privilège hétérosexuel : par peur qu'en cas de difficultés dans la famille, l'ouverture du secret ne serve d'argument au rejet d'un des deux parents. Malheureusement pour eux, le secret est difficile à tenir à long terme. L'abandonner permettrait de marquer une forme de solidarité avec les familles homoparentales dans la façon de faire famille et de déstigmatiser une bonne fois pour toutes l'engendrement par don.