06/02/2017

Chronique de la période qui s'annonce


"Aux municipales, je vais voter n'importe comment... Pour voir un peu les résultats !"
Brève de comptoir

Cette citation résume assez bien, je crois, l'état d'esprit d'une grande partie de l'électorat dans le monde occidental, pas seulement pour les municipales, mais pour tout type d'élection. Bien sûr, il ne s'agit pas ici de prétendre que les électeurs, dans leur grande majorité, votent littéralement n'importe comment. Dans certains cas, on en est même retourné au vote par conviction, plutôt qu'au vote utile, de façon fracassante et sans équivalent depuis 2002. Mais justement : on ne se préoccupe plus trop de savoir si tel ou tel candidat disposera d'une majorité suffisante pour gouverner, ou s'il pourra mettre en application son programme sans, au choix :

1) faire descendre l'autre moitié de la population dans la rue contre lui
2) se fâcher sévère avec nos créanciers et/ou les puissances étrangères censées être nos alliées
3) les deux, mon général !

Et cela donne le paysage politique qui émerge en vue de la prochaine présidentielle française.

Je ne vais pas jeter la pierre non plus. En ce qui me concerne, me fiant à la règle n°1 de la politique française (c-à-d les politiques sont toujours systématiquement plus à droite que ce qu'ils prétendent être) j'ai voté Hamon aux deux tours de la primaire socialiste, histoire qu'on ait enfin au moins un candidat un minimum de gauche à l'arrivée.
Lors de l'élection générale, cela risque pourtant d'être différent. En effet, en toute sincérité, je doute fort de la capacité qu'aura Benoit Hamon à accéder au second tour de la présidentielle, et encore plus à remporter l'élection, même face à Marine Le Pen (dans un contexte de droitisation des droites et de franchissement de lignes rouges tous azimuts).

Macron me semble donc être un moindre mal, s'il s'agit absolument d'éviter le pire (en l'occurrence, Fillon et Le Pen). Mais même pour moi, qui ait la réputation d'être un "social-libéral" par rapport à d'autres, Macron semble peu enthousiasmant, et pas uniquement à cause de ses origines sociales. Faute de programme détaillé pour le moment, sa déclaration de valeurs, en toute objectivité, le positionne au mieux au centre-droit de l'échiquier politique, et cela correspond aux quelques extraits que j'ai pu lire de son livre-programme Révolution.
J'ai compris que tout le discours droitier sur le travail (que Macron reprend à son compte) servait en pratique à accentuer les inégalités sociales, puisque les riches auront toujours moins à travailler que les pauvres pour conserver le même statut. Certes, Macron prétend aussi défendre l'"ouverture" et la liberté (y compris dans le domaine sociétal, je suppose), mais c'est un peu léger pour le situer à gauche.

Maintenant, en admettant qu'il soit élu (ce qui, étonnamment, paraît de moins en moins improbable à l'heure actuelle), son mandat ne pourra être que déception. Assis en position inconfortable au centre, il est honni aussi bien par la droite (pour des raisons essentiellement homophobes) que par la gauche (pour son bref passage au gouvernement). Il aura bien du mal à trouver une quelconque majorité pour gouverner. Il pourra, certes, toujours se trouver une majorité pour faire passer tel ou tel truc, mais personne ne voudra de lui spécifiquement en tant que président.

Au fond, pourquoi voter Macron ? Pour réaffirmer la notion cinquiémiste de président "au-dessus des partis" ? Soyons sérieux, cette idée a vécu avec la première cohabitation, il y a maintenant plus de trente ans. De plus en plus, il apparaît que le principal objectif est avant tout de retarder l'"inévitable" échéance d'une présidence Le Pen. Et ce n'est pas Macron, avec les risques que comporte sa présidence, qui va pouvoir s'adresser à cet électorat. D'ici 2022, le premier objectif sera de gagner du temps et de retenir la leçon des autres pays confrontés au populisme, afin d'éviter que l'on aie jamais à voir le FN à la tête de notre pays.

Au final, donc, on ne sait jamais à quoi s'attendre. L'avenir nous réserve tant de surprises. Nous vivons ce que paraît-il, un certain proverbe chinois qualifie d'"époque intéressante"...

19/12/2016

Le retour de la revanche de Daniel Borrillo

Daniel Borrillo est un auteur dont j'ai déjà parlé dans un précédent article, et plus brièvement ici.

Son blog Médiapart n'était plus mis à jour depuis un an, mais il a retrouvé du poil de la bête depuis la primaire à droite et la victoire de Fillon, qui ont ramené le conservatisme sur le devant de la scène politique.

Quelles sont ses nouvelles cibles ? A part un article contre Trump écrit en espagnol, les trois autres ciblent tous la gauche "molle" ou "conservatrice". Pourquoi donc ?

Avant tout, je suppose que Borrillo cherche des boucs-émissaires à la montée du fillonisme pour ne pas avoir à contempler la faillite de sa propre ligne idéologique.

Son premier article effectue un rapprochement entre le projet politique de François Fillon et la Manif Pour Tous, et celui des "experts socialistes" à l'origine du rapport « Filiation, origines, parentalité : Le droit face aux nouvelles valeurs de responsabilité générationnelle » commandé par le Ministère de la Famille en 2014.

Borrillo y prétend que l'adoption simple ne peut permettre d'acquérir la nationalité française (ce qui est faux, c'est plus compliqué que ça). Il instrumentalise les propos d'un juriste : « le droit de la filiation n’est pas seulement un droit de la vérité. C’est aussi, un droit de la vie, de l’intérêt de l’enfant, de la paix des familles, des affections, des sentiments moraux, du temps qui passe… » Le "seulement" est important ici. Il fait encore la confusion habituelle entre différence des sexes, procréation et hétérosexualité. Et il considère que la "gauche molle" a préparé le terrain à Fillon sur la question de la "vérité biologique".

Il s'agit toutefois d'un rapprochement malhonnête, car si Fillon veut uniquement stigmatiser une partie de la population dans le droit avec un projet discriminatoire et homophobe, le rapport en question s'inscrivait dans une vision cohérente et équilibrée, que Borrillo dénonce car il croit y déceler des arrière-pensées.

La vérité est que Fillon et LMPT, nonobstant la position raisonnable des "experts socialistes" (qu'ils ont allègrement balayée d'un revers de la main, au passage), ont implicitement agité la ligne Borrillo comme épouvantail et unique alternative à leur propre projet réactionnaire. J'irais même jusqu'à dire que la force de François Fillon (et de la Manif pour Tous) se nourrit de l'incapacité de la gauche française à penser ce genre de questions et d'y apporter une réponse audible et cohérente. Et il n'est pas étonnant que cela ait été particulièrement efficace, tant l'approche Borrillo est vouée à l'échec, comme on le verra après.

Son deuxième article est une réponse à une réponse à son premier article, où Borrillo se faisait prévisiblement tancer par les auteurs du rapport suscité.

Ce nouvel article se concentre sur une critique d'Irène Théry et d'autres experts, qui se réduit à une seule expression : "Never Live It Down". Encore maintenant, Borrillo cite obsessivement des articles de 1997 pour suggérer que Théry serait toujours réactionnaire encore aujourd'hui. Il réitère également ses critiques du rapport Théry-Leroyer.

A la place croissante attribuée à la biologie et aux origines dans les propositions du rapport Théry, Borrillo entend opposer une approche de la filiation fondée sur la "volonté". Celle-ci est-elle viable ?

Je répondrais non, et pour deux raisons au moins.

La première raison est que cette approche, loin de constituer un "progrès" serait en réalité une régression extraordinaire par rapport à la vision moderne des droits de l'enfant, dans laquelle l'enfant n'appartient pas à ses parents, mais est une personne à part entière. De fait, Borrillo soutient des dispositions contraires à la Convention des Droits de l'Enfant.*

La deuxième raison, qui est en partie la conséquence de la première, est qu'en pratique cette approche ne fonctionne pas, parce qu'elle bute toujours sur "quelque chose". Ce "quelque chose", c'est le langage, la culture, la médecine... Ce n'est pas un hasard (et certainement pas à cause de l'ascension du conservatisme, bien au contraire) si l'approche fondée sur la "vérité biologique" (pour reprendre les termes de Borrillo) a le vent en poupe à l'heure actuelle : c'est parce que les progrès de la génétique rendent l'approche "volontariste" de moins en moins viable.

Pour affronter le "quelque chose", le "volontarisme" ne peut compter que sur deux options cohérentes : le cynisme libertarien et le radicalisme utopique.

Le cynisme libertarien accepte le "quelque chose" mais ne veut pas en tenir compte. Il transpose dans la sphère sociétale le discours ultralibéral en économie. Pour lui, tout est question de droits de propriété à respecter. Ainsi, il n'y a pas de droits aux origines, de la même façon qu'il n'y a pas de droit à la santé, pas de droit à l'éducation, pas de droit au logement...

Le radicalisme utopique rejette le "quelque chose". Il pense qu'on peut faire disparaître tous les stigmates et mal-êtres éventuels qui pourraient jaillir du "volontarisme" si l'Etat y met suffisamment du sien. Il se veut égalitaire, mais confond égalité et permissivité. En disant aux uns qu'ils peuvent tout faire et que leurs actions n'auront pas de conséquences, il répond aux autres qu'il sait mieux qu'eux ce qui est bon pour eux. A l'extrême, il s'agit d'un projet totalitaire qui vise à refonder la nature humaine, pour créer un homme nouveau qui ne se préoccuperait pas de questions telles que les origines biologiques, ce qui va à l'encontre de son premier objectif qui était de défendre la liberté individuelle.

Pour le reste, je réitère les critiques que j'avais émises à l'époque :

"A l'origine de l'homoparentalité ne se trouve pas l'hétéroparentalité (sauf peut-être dans un sens strictement biologique ; autrement, personne ne peut le prétendre). Mais la complémentarité des sexes dans la procréation, si. Irène Théry avait donc raison lorsqu'elle écrivait que Borrillo confondait la différence des sexes et l'hétérosexualité. La première est une loi, sinon de notre espèce, du moins de notre société. La seconde est la forme majoritaire de la sexualité humaine, qui a historiquement facilité la perpétuation de l'espèce, sans y être nécessaire de nos jours, de par l'existence des nouvelles techniques de procréation."

Autrement, si c'est être conservateur que de croire que le "volontarisme" est voué à l'échec parce qu'il ne tient pas compte du réel**, alors oui, dans un sens, je suis conservateur (mais pas plus que libéral ou socialiste).

Un exemple à méditer : en Grande-Bretagne, le mariage pour tous est non seulement passé comme une lettre à la poste, mais sous l'impulsion d'un premier ministre conservateur, qui n'hésitait pas à déclarer :

"Je soutiens le mariage gay, mais pas malgré mon conservatisme. Je soutiens le mariage gay parce que je suis conservateur."

Quelle différence avec la France ? Il se trouve qu'au Royaume-Uni, l'anonymat des dons de gamètes est levé depuis 2005.

---

* Article 7, alinéa 1 : "L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux." D'après certaines interprétations, les "parents" auxquels il est fait référence doivent être entendus au sens de parents biologiques.

** Ce qui signifie, assez paradoxalement, que la droite américaine contemporaine n'est pas conservatrice puisqu'elle ne croit pas au réel, comme l'en atteste l'attitude "post-vérité" du parti républicain actuel. Elle est dogmatique, réactionnaire et anti-science.

02/05/2016

Les idées étranges d'Yves Bonnardel : les droits des enfants


Après avoir lu un article d'Yves Bonnardel sur LMSI, j'ai essayé de me renseigner davantage sur cet auteur, et sur sa position sur les droits des enfants. J'ai trouvé cet article, chez Christine Delphy, celui-ci, sur Vendredis intellos, et celui-ci, sur Questions de classe. Sur son site, Yves Bonnardel développe des idées que je trouve aussi bien intéressantes que potentiellement problématiques. Pour cet article-ci, je vais me concentrer sur ses positions sur les droits des enfants.

En apparence, sa critique du statut de "mineur" possède, il est vrai, des aspects très pertinents, (quoique peut-être exagérés de mon point de vue) et l'auteur suggère d'abolir ce statut.

Sauf que.

Si l'on suit cette idée jusqu'au bout, cela aurait aussi pour conséquences la disparition de la majorité sexuelle, de tout âge légal pour fumer ou boire de l'alcool et surtout, et cela est explicitement indiqué (et c'est pourquoi je suis particulièrement étonné, voire choqué, de voir des personnes a priori de gauche en faire quasiment l'apologie), la légalisation du travail des enfants et la fin de l'éducation obligatoire. Pour le coup, c'est un discours très libéral (dans le mauvais sens du terme), puisque Murray Rothbard disait ni plus ni moins la même chose. 

Bien sûr, je pense qu'Yves Bonnardel est lui-même conscient des limites de cette idée, puisqu'il évoque l'idée de "ressources qui permettraient aux enfants de vivre sans travailler" ; mais, même en admettant qu'on ait résolu les questions d'inégalités sociales et les biais qui vont avec, reste entre autres le fait que cette idée amène à prendre des positions peut-être un peu trop cavalières, par exemple sur la capacité moyenne des enfants à pouvoir fonctionner en individus autonomes, à agir de façon responsable et à ne pas encourir plus de risques, physiques et/ou moraux, que les adultes s'ils venaient à jouir des mêmes libertés.

Ce que je n'ai pas trouvé non plus dans ses textes, c'est l'idée que les droits des adultes sur les enfants ont pour corollaire des devoirs envers eux, tels que les nourrir, les habiller, les éduquer, les maintenir en vie... Est-ce que ces obligations disparaîtraient également ? Là aussi, je le soupçonne de vouloir maintenir ces obligations et de les attribuer à la "communauté", mais ce n'est pas très clair, quoi qu'il en soit.

Yves Bonnardel a aussi abordé la question de la punition, de l'abolition des frontières nationales et, surtout, de l'antispécisme. J'aborderais peut-être ces sujets dans de prochains articles.

19/03/2016

Luce Irigaray et la vitesse de la lumière

A l'heure où un papier de glaciologie féministe et postmoderne se fait démonter en ligne, c'est à une vieille affaire que tout cela me fait penser.

En effet, d'après l'ouvrage de Sokal et Bricmont, Impostures intellectuelles, la philosophe et psychanalyste française Luce Irigaray aurait écrit la phrase suivante : « L’équation E=mc² est-elle une équation sexuée ? Peut-être que oui. Faisons l'hypothèse que oui, dans la mesure où elle privilégie la vitesse de la lumière par rapport à d’autres vitesses dont nous avons vitalement besoin… »

Je ne pense pas être le seul à ne pas comprendre en quoi cela en ferait une équation "sexuée", mais passons. Le problème est que je n'arrive pas à retrouver le contexte de la citation d'origine, car on peut lui donner au moins deux interprétations. La première, la plus délirante, remet en cause la validité-même de l'équation parce que celle-ci serait "sexuée". Mais il est également possible de lui donner une interprétation plus charitable, à savoir que définir c comme la vitesse de la lumière serait "sexué".

Soyons clair d'emblée, ce n'est pas ce que je ferai ici. L'ironie de la théorie d'Irigaray est de postuler, de façon tout à fait gratuite par ailleurs, une différence fondamentale entre les hommes et les femmes en matière de perception de réalité, différence qui n'a jamais été attestée par aucune étude pour le moment.

Mais il n'empêche que le problème de la construction du savoir en sciences soit un problème réel, et même une science aussi "dure" que la physique n'y échappe pas. Pensons à l'apparente impossibilité de vulgariser la mécanique quantique de façon compréhensible. Mais cette critique doit être faite de façon informée, et pas de manière extérieure.

Ici, il y a un point qu'il s'agit de clarifier absolument : la constante c n'est pas la vitesse de la lumière. D'une part, parce que sur Terre, la lumière se déplace à des vitesses légèrement inférieures à c, pour tout un tas de raisons physiques que je ne détaillerai pas ici. D'autre part, parce qu'il y a d'autres objets physiques qui se déplacent à la vitesse c, comme les ondes gravitationnelles par exemple. Enfin, le concept-même de lumière est une construction objective.

On pourrait penser - de façon tout à fait légitime par ailleurs - que parler de vitesse de la lumière est discriminatoire envers les personnes malvoyantes. Quelque peu agacé par les Social Justice Warriors, et n'étant pas particulièrement fan du politiquement correct à outrance, ce n'est pas cet argument-là que je retiendrai. Reste que le concept de lumière est à la fois flou et anthropocentrique. Le terme de "lumière" désigne habituellement la lumière dite "visible", située entre 400 et 700 nanomètres de longueur d'onde, soit une toute petite portion du spectre électromagnétique, c'est-à-dire l'ensemble des fréquences du rayonnement électromagnétique. Ce dernier est un phénomène physique fondamental, dont l'expression est loin de se réduire à la seule lumière visible ; et ce, bien que dans le langage courant, les ondes radio, les rayons X ou gamma ne soient pas considérés comme de la lumière à proprement parler, alors qu'il s'agit pourtant d'une facette différente du même phénomène physique. De fait, la vitesse c régit nombre de phénomènes qui, dans notre perception commune, n'ont rien (ou peu) à voir avec la lumière, tels que la taille des atomes, la vitesse des neurotransmissions ou l'émission de chaleur, par exemple.

Pour finir, la lumière se déplace différemment selon les indices de réfraction. Pour faire simple, on peut donc dire que c est la vitesse (ou célérité) de propagation des ondes électromagnétiques dans le vide (ce dernier point est très important).

Tout ça pour dire que sur le fond, tout ce questionnement n'est pas idiot, mais qu'il convient de se pencher sur les catégories vraiment pertinentes pour notre compréhension d'un phénomène donné, et ne pas partir sur des spéculations post-modernes mal étayées et à n'en plus finir.


11/10/2015

Les Ames Douces - Christian Combaz - 2015


Les Ames Douces est un livre écrit par Christian Combaz, un écrivain français, et sorti en 2015 aux Editions Télémaque. Il traite principalement des possibles origines biologiques de l'homosexualité à travers une série d'exemples et de portraits, dans la continuité des travaux scientifiques présentés par le professeur belge Jacques Balthazart dans son ouvrage Biologie de l'homosexualité en 2010.

Je tiens à prévenir mes lecteurs : si vous êtes plutôt du genre "constructiviste", vous risquez fort de vous étrangler à la lecture de ce livre. Malgré ses conclusions qui viennent le plus souvent en appui des revendications LGBT, il se situe à fond dans ce courant "biologisant" et l'auteur tape d'ailleurs à plusieurs reprises sur la "théorie du genre". Et c'est aggravé par le fait que Christian Combaz ait un profil assez particulier, en tant qu'éditorialiste au Figaro et (petit ?) ami de Renaud Camus ; ce qui suggère fortement qu'en France, hélas, pour parler de biologie de l'homosexualité, il faille politiquement pencher à droite (même quand on est soi-même (pro-)LGBT !). Même le titre et la présentation du livre en quatrième de couv' semblent indiquer que l'on n'échappera malheureusement pas à certains clichés répandus sur les homosexuels, tels que leur supposée "douceur" (ce à quoi je répondrai qu'un autre stéréotype qui leur est associé est celui du cuir-moustache et des pratiques BDSM).
De plus, la navigation n'est pas toujours facile à cause de l'absence de sommaire, ce qui peut se révéler être un mauvais point si on veut citer certains passages.

Bref, passons au contenu : je vais ici parler plutôt de la première partie, car la seconde a davantage d'intérêt d'un point de vue historique.

Le premier thème abordé dans le livre est celui de l'évolution, et en particulier de l'infléchissement, de la position de l'Eglise catholique à l'égard de l'homosexualité, que l'auteur attribue à une meilleure prise en compte de la réalité biologique du phénomène parmi les hauts-placés de l'institution. Ce qui illustre le fait qu'en général, les positions à l'égard de l'homosexualité s'adoucissent lorsqu'on admet que celle-ci puisse avoir une base biologique.

L'auteur traite ensuite de la biologie de l'homosexualité proprement dite, en s'appuyant sur Jacques Balthazart et d'autres auteurs (pour évaluer le sérieux de certaines affirmations, il faut donc se pencher sur l'abondante bibliographie de Balthazart). Le livre comporte aussi des passages que ne devrait renier aucun critique de Freud et de la psychanalyse, en particulier lors du chapitre 7. Y passe aussi la comparaison avec le fait d'être gaucher, le syndrome d'Asperger - une des raisons qui a motivé ma curiosité - la tristement célèbre affaire Reimer, mais aussi les croisements des mains (en ce qui me concerne, je mets toujours l'index droit au-dessus de l'index gauche, comme les trois-quarts des hommes paraît-il) et la longueur des doigts (en ce qui me concerne, c'est un peu bizarre, parce que, vu de dos, mon annulaire est plus long que mon index, configuration "masculine", mais, vu de face, c'est l'inverse qui est vrai, configuration "féminine" semble-t-il) et autres corrélations qui semblent un peu sorties du chapeau, faute de détailler davantage, autrement qu'en renvoyant indirectement à la bibliographie de Jacques Balthazart.



En résumé, un livre inégal, car, bien qu'il constitue un véritable pavé dans la mare pour le monde français, alors qu'en France les discussions sur le sujet restent malheureusement trop balisées, il est encore trop bourré de clichés et autres idées insuffisamment étayés, même s'ils vont parfois à l'encontre de certains stéréotypes (par exemple, en évoquant la fascination de certains LGBT pour des idées de droite, voire d'extrême-droite). Mais, pour tout dire, je dois avouer que je ne l'ai pas encore lu en entier. Je suis donc prêt à revoir mon opinion, à la suite d'une seconde lecture plus attentive.

27/08/2015

Mon positionnement politique (1)

Quand je cherche à me définir politiquement, je suis de plus en plus confus. Je vais ici reprendre une analyse issue d'un précédent article.

Très grossièrement, on peut voir l'espace des idées politiques comme comportant deux axes, celui des valeurs et celui des méthodes.

Le premier axe, celui des valeurs, oppose deux camps principaux :

En bas sur cet axe, on considère que l'individu est pris dans une histoire, que celle-ci doit être respectée et qu'il doit avoir pour contre-partie morale d'y être fidèle et de respecter celle des autres (au moins au sein de sa propre communauté, de façon à y inclure des courants d'extrême-droite). On affirme l'importance de la biologie et des racines dans la construction de l'individu. Parfois même, s'y ajoutent des principes d'origine religieuse. En haut sur cet axe, on affirme au contraire l'autonomie radicale de l'individu, en niant l'importance de son origine et la façon dont cela pourrait influer sur la perception de sa propre autonomie.

En bas de l'axe, on accorde de l'importance à des choses telles que l'effort, le soin pour son propre corps, le besoin de normes collectives, la fidélité à son pays d'origine, la construction de l'identité personnelle dans le développement de l'individu. En haut sur cet axe, au contraire, on accorde relativement moins d'importance à ces valeurs, au nom de l'auto-détermination de l'individu.

Le bas de l'axe est associé à des valeurs "conservatrices" (ce qui, à l'extrême, peut recouvrir des valeurs xénophobes, fascistes ou théocratiques) le haut de l'axe à des valeurs "progressistes" voire "relativistes" (la négation de la biologie et de l'évolution et l'affirmation de la toute-puissance de la volonté pouvant parfois atteindre des seuils extrêmes).

Le deuxième axe, celui des méthodes, oppose approche préventive contre approche répressive. L'approche répressive part du principe que l'être humain est libre et responsable de ses actes et n'est pas soumis à un déterminisme quelconque, en particulier social. L'approche préventive insiste au contraire sur les déterminismes, en particulier sociaux, dont l'être humain est l'objet, et se propose d'agir en amont pour les contrer.

Le "répressif" considère qu'il faut faire appel à l'intérêt individuel. Si on donne à quelqu'un tout ce dont il a besoin tout de suite, il ne va jamais chercher à aller au-delà et cela ne va faire que ponctionner les vrais créateurs de richesse, provoquant ainsi la faillite du système.

Le "préventif" considère cette idée comme cruelle. Ce sont davantage des facteurs sociaux qui expliquent le comportement de l'individu, et c'est sur eux qu'il faut agir.

L'approche répressive est donc associée, comme son nom l'indique, à des positions répressives en matière de criminalité, mais aussi à une certaine défense du libéralisme économique. L'approche préventive est au contraire associée à un plus grand interventionnisme.

On peut résumer cela à l'aide du schéma suivant :



Contrairement à ce que suggère mon propre graphique, je suis en fait très près du centre, voire en réalité au centre-haut, sur l'axe des valeurs*, que cela rassure tout de suite les lecteurs qui pencheraient plutôt du côté "libertaire". (être en bas de l'axe ne reflète d'ailleurs pas du tout mon propre comportement dans ma vie personnelle, soi-dit en passant...) Reste que je suis quelque peu déconcerté par le relativisme moral d'une certaine gauche (ou plutôt, dans les faits, d'une certaine extrême-gauche). Je ne voudrais pas que certaines ouvertures possibles sur le plan législatif se traduisent par un affaiblissement de notre sens moral commun. En fait, je les soutiens surtout parce que je suis à gauche sur l'axe préventif-répressif, pas à cause de ma position sur l'axe des valeurs.

Ce qui m'amène au point suivant, à savoir le caractère intrinsèquement "bordélique" de mon propre positionnement.

Ce qui semble le plus logique en effet, c'est d'associer "éthique minimale" et approche préventive, de même que "conservatisme" et approche répressive.

D'un certain point de vue, il est en effet (à première vue, du moins) beaucoup plus facile d'imposer des valeurs "conservatrices" à l'aide d'un modèle répressif. De même, on peut dire que l'approche répressive est déjà, en soi, associée à certaines valeurs "conservatrices" (ne serait-ce que le respect de la propriété), ce qui suscite le rapprochement entre les deux pôles.

Ensuite, on peut supposer que l'adhésion à un modèle préventif amène à s'interroger davantage sur la pertinence de certaines normes, et que la remise en cause des normes peut être associée à une volonté de changement social et donc avec le modèle préventif, d'où un rapprochement de ces deux pôles.

Mais on ne voit pas pourquoi il ne serait pas possible d'associer, par exemple, "éthique minimale" et approche répressive. En fait, il y a un point de jonction philosophique entre les deux sur l'importance de l'autonomie de l'individu, bien que cela soit dans différents domaines et en en tirant différentes conclusions.  Dans les faits, ce positionnement correspond d'ailleurs à une partie du libéralisme classique et du libertarianisme (on y trouve aussi des conservateurs/préventifs sur certains points, qui ont les mêmes positions que les autres mais pas pour les mêmes raisons... Bref, c'est compliqué). Mais il y a alors une tension, sur la question de la sécurité par exemple, et ce positionnement est à la fois hésitant et "dissonant" en termes de système de valeurs. Le modèle répressif est en effet très lié à la question de la norme et à la façon de la faire émerger, ce qui ne s'accommode pas très bien avec un système de valeurs qui prône le rejet des normes.

De même, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas grouper "conservatisme" et approche préventive, mais ce positionnement paraît alors encore plus bizarre, en particulier à cause de la tension permanente entre valeurs "conservatrices" et mollesse à les faire respecter. De plus, comme dans le cas précédent, le modèle préventif est associé à la remise en question de la norme.

Il est néanmoins possible de dégager plusieurs pistes qui rendraient les deux compatibles dans une certaine mesure.

(suite dans un prochain article, qui abordera aussi la remise en question de ces dimensions pour caractériser l'axe gauche-droite)

---

*Je suis également un peu plus près du centre sur l'axe préventif-répressif (être tout à gauche sur cet axe implique un haut degré de certitude quant aux facteurs qui déterminent l'être humain, ce qui n'est pas mon cas).

03/01/2015

Episode du balado "Scepticisme scientifique" sur les surdoués

C'est un balado que j'ai déjà eu l'occasion de présenter précédemment. Cette fois-ci, c'est Nicolas Gauvrit qui nous parle des surdoués : http://pangolia.com/blog/?p=1785