05/10/2012

Bioéthique, Daniel Borrillo


Bioéthique, du juriste Daniel Borrillo (éditions Dalloz), est un petit livre qui traînait depuis déjà pas mal de temps dans ma bibliothèque.

Il aborde la bioéthique surtout du point de vue du droit (la seconde moitié de l'ouvrage est toute entière consacrée aux textes français et internationaux sur la bioéthique jusqu'en 2011... mais après tout, nul n'est censé ignorer la loi !), mais reste tout à fait accessible aux non-initiés pour peu qu'ils s'intéressent aux enjeux philosophiques et politiques concernant cette question.

L'auteur commence par détailler l'histoire juridique de la bioéthique en France, puis décrit les différentes philosophies idéologies à ce sujet ; elles sont au nombre de quatre selon lui :

- le courant constructiviste, fondé sur l'éthique immanente, est en gros le courant libéral moderniste, basé sur la liberté individuelle et une éthique utilitariste, associé politiquement à la gauche "sociétale" et à une partie des libéraux authentiques.

- le courant essentialiste, fondé sur une éthique transcendante, est le courant conservateur d'inspiration traditionnelle religieuse (surtout catholique dans les pays francophones, mais les protestants évangéliques américains ne tiennent pas un discours significativement différent), qui se base sur la "loi naturelle". Associé à la droite conservatrice.

- le courant néo-traditionaliste est, dans les faits, assez semblable au précédent, mais utilise une rhétorique "modernisée", qui prétend s'inspirer davantage de l'anthropologie, de la psychanalyse, et même de préoccupations de "gauche" telles que la dénonciation de l'individualisme et de la marchandisation. Associé aujourd'hui à une grande partie de l'opinion de droite et de centre-droit, il était répandu même au centre-gauche jusqu'à récemment.

- le courant du juste milieu, encore appelé "orléanisme de gauche" se veut une voie moyenne entre les premier et troisième (voire deuxième) courants. Par certains aspects, il correspond effectivement au sophisme du "juste milieu". Initialement associé à la gauche parlementaire et au centre-gauche, sa version initiale, qui a depuis conquis une bonne partie de l'opinion centriste et même de droite, a un peu vieilli, et il a depuis plusieurs fois tenté de se moderniser. L'auteur critique ce courant, mais je ne le trouve pas inintéressant non plus.


Il critique également le dispositif français, qu'il décrit tout au long des troisième et quatrième parties comme étant empreint d'une idéologie grossièrement paternaliste, conservatrice, chrétienne et familialiste - avec toutefois quelques nuances, selon les courants -, et qui évolue en fait relativement peu au cours du temps, à cause de pressions de toutes sortes, venues de tout l'échiquier politique.

Il y a des points ou je suis en désaccord avec l'auteur (par exemple sur l'anonymat du don de gamètes, où il critique les raisonnements certes discutables de la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, mais qui est réputée plutôt progressiste, favorable à l'homoparentalité et à la gestation pour autrui, par exemple ; et sa critique d'Irène Théry est aujourd'hui dépassée), mais ce tout petit livre reste une lecture intéressante et hautement recommandée, utile pour stimuler votre réflexion à ce sujet. Attention, toutefois, les non-français pourraient le trouver un peu trop franco-centré.

Au prix modique de 3 €, si vous tombez dessus, ne vous privez pas.

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