14/01/2013

Comment (mal) concilier le mariage gay, sa profession et la science

Je lisais récemment un article de Michel Tort sur un site que vous devez déjà connaître : http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=4212

Je le trouve intéressant car il nous permet d'une part d'avoir un regard critique d'un psychanalyste sur sa profession à l'heure actuelle, et d'autre part il est bourré de sophismes, le plus évident étant bien évidemment le No true Scotsman, qui consiste ici à dire que les psychanalystes réactionnaires ne sont, au fond, pas de vrais psychanalystes pour une raison X ou Y. Ici, il consiste à dire que leurs arguments "ne résultent nullement de la clinique psychanalytique", ce qui est facile à dire, mais aussi très vague. En fait, on peut le voir comme un des deux arguments les plus mis en avant par les psychanalystes pour se justifier, l'autre étant l'argument d'autorité "Freud/Lacan/X a dit..." que l'on sortira à chaque fois qu'un grand psychanalyste a dit quelque chose qui correspond, même de loin, à nos idées. Lorsque l'on se trouve incapable d'utiliser les textes pour se défendre, on utilisera l'argument de la "clinique psychanalytique".

A ce sujet, l'auteur n'a pas du tout eu l'honnêteté intellectuelle de ne serait-ce que mentionner une seule fois le complexe d'Oedipe dans son court texte, pour dire ce qu'il en pense ou même pour critiquer l'usage que ses adversaires en font. L'impression qui se dégage de son texte est donc qu'il fait semblant de ne pas savoir que c'est en premier lieu cet argument qui est parmi les plus repris par les opposants à l'homoparentalité - hors du strict champ psychanalytique pour ce que j'en sais, certes, mais il devient alors facile de comprendre en quoi cette psychanalyse réactionnaire constitue, quelque part, le véritable prolongement de la psychanalyse originelle (Freud était conservateur), ça ne devrait rien avoir de surprenant, bien au contraire.

L'auteur parle aussi très brièvement de la polémique sur l'autisme dans son dernier paragraphe ; il critique les psychanalystes filmés dans Le Mur et les voit comme une nuisance, mais juge le documentaire caricatural.

Mais peut-être feint-il d'ignorer que ce discours reste présent, de façon plus subtile, dans à peu près toute la profession, y compris chez les 39 qui postent son article sur leur site ? A en voir la bande-annonce de Théorie Sexuelle, de Sophie Robert (la réalisatrice du Mur), peut-on seulement imaginer une psychanalyse dénuée de préjugés, qui soit autre chose qu'un gloubiboulga informe et sans cohérence à l'échelle d'une discipline toute entière ? Et pourquoi ne médiatisez-vous pas plus votre "travail clinique", si vous voulez vous défendre ?

Par ailleurs, j'attends encore le jour où les psychanalystes reconnaîtront que le packing ne correspond nullement à la clinique psychanalytique, de même que les autres activités ascientifiques du même genre auxquelles ont droit les autistes français.

Car le premier argument ne situe pas du côté du symbolisme (le "père" ou que sais-je), il se situe avant tout du côté de la science.
Tous ces débats intradisciplinaires ne font que nous montrer une fois de plus que la psychanalyse est en fait beaucoup plus proche d'une religion, avec ses débats théologiques sans fin, que d'une véritable science.



D'un point de vue plus positif, l'article est critique du courant lacanien et de la psyK réactionnaire en général, et reconnait que ces courants font du mal à sa discipline. Mais on peut bien sûr regretter que cet article ait été récupéré par le Collectif des 39...

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