Enquête sur l'entendement humain est un célèbre livre du philosophe britannique/écossais David Hume (que j'ai eu l'occasion d'étudier au cours de ma scolarité), dans lequel on peut trouver l'émergence de la pensée sceptique moderne, notamment dans le chapitre sur les miracles.
Le reste de l'ouvrage, beaucoup moins bien connu - excepté par les spécialistes de philosophie -, expose la philosophie empiriste de son auteur, notamment concernant la formation des idées, qui occupe les premières sections de l'ouvrage après une première section consacrée à la philosophie naturelle.
Le chapitre sur les miracles, d'ailleurs, n'occupe qu'à proprement parler que le dernier chapitre, mais il est très important, car c'est de là que vient le texte qui va être à la base de la fameuse "Maxime de Hume", entre autres...
Pour rebondir sur l'auteur, David Hume (1711-1776, cette dernière année étant par coïncidence celle de la publication de la Richesse des Nations de son proche compatriote Adam Smith, et de la déclaration d'indépendance américaine), sachez qu'il est surtout connu pour sa remise en cause de la vision classique de la causalité : selon lui, pour schématiser, c'est l'habitude qui fait que nous percevons des relations de cause à effet entre deux événements. C'est l'une des principales thèses qu'il expose dans Enquête sur l'entendement humain.
Il est également connu pour être l'auteur du célèbre Traité de la Nature Humaine, sur les sentiments et les émotions, et a aussi touché à l'économie. Pour avoir mis en doute l'existence de Dieu, sa candidature à l'université d'Edimbourg sera repoussée.
Bref, c'est un petit livre qu'on peut trouver pour pas très cher en librairie, et qui peut s'avérer tout à fait pertinent même aujourd'hui ! Mieux vaut tout de même s'intéresser réellement au sujet, pour appréhender un style parfois ardu.
Ce blog se chargera de discuter les notions d'inné, d'acquis, de normal, de pathologique, de corps, d'esprit, et les raisonnements logiques et éthiques les plus fréquents à leur sujet. On y critiquera la psychanalyse et on y traitera également de bioéthique le cas échéant.
29/09/2014
27/08/2014
La gauche et les handicapés (partie 1 ?)
Je me suis intéressé aux rapports
qu'entretiennent la gauche et les handicapés, notamment en France où
ils
représentent tout de même 12 millions de personnes soit près de 20
% de la population, et il apparaît
clairement que ces relations ne sont ni faciles, ni évidentes.
Au début, je pensais naïvement que la
gauche avait fait davantage à l'égard des handicapés, comme pour
tout groupe désavantagé, mais les choses semblent être bien plus
complexes si l'on se penche sur l'histoire de la législation en
vigueur.
C'est en lisant l'entrée « handicap »
dans le Dictionnaire de la droite, que j'ai mieux compris. Les
principales lois sur le handicap en France (1975 et 2005) ont en
effet été votées par la droite. Il y a donc bien eu historiquement
une sous-implication relative de la gauche sur ces questions, par
rapport à la droite. Le livre en question reconnaît un caractère
« étonnant » à cette situation et à cette
préoccupation, et l'explique par le fait que le sujet devait tenir à
cœur à De Gaulle et à Jacques Chirac pour des raisons personnelles
et familiales, mais aussi grâce à l'influence de diverses idées
catholiques. J'y rajouterai peut-être des raisons sociologiques, démographiques et
électorales liées à cela : les personnes handicapées sont en
effet surreprésentées chez les personnes âgées et les familles
nombreuses catholiques, deux composantes importantes de l'électorat
de droite. Ou
peut-être est-ce que les handicapés font moins "peur" à
la droite conservatrice que les féministes, les immigrés ou les
homosexuels, qu'elle voit comme des menaces à la famille ou à la
Nation. Mais il ne faut pas se laisser leurrer : cette acceptation
est aussi due à un certain paternalisme.
Du côté de la gauche, on peut
supposer que celle-ci se trouvait déjà « surchargée »
question groupes minoritaires à défendre, et qu'elle a aussi eu
plus ou moins de mal à penser la question (j'y reviendrai). En
effet, les
mouvements de gauche s'engagent souvent, à raison d'ailleurs, pour
défendre les droits des femmes, des immigrés, des LGBT par exemple.
On
peut aussi comparer cette situation au vote contre les modifications
constitutionnelles de 2008, où la gauche a voté contre des idées
qu'elle était censée défendre ; ou encore, au vote contre la taxe
Tobin par les députés européens d'extrême-gauche.
Bien sûr, tout de même, on trouve des
convergences entre la gauche et les handicapés, sur de nombreux
points (sur le social, l'insertion sur le marché du travail, entre
autres ; côté groupements, on peut citer les sourds socialistes, proches du PS, et il y a tout de même une
grande partie des personnes handicapées qui votent à gauche, bien
sûr), mais il y a aussi de réels points de convergence avec
certains courants de la droite, à ne pas sous-estimer.
C'est récemment la lecture d'un article (et celui-ci, plus court) sur la situation américaine en 2004 (pourtant très
différente de la situation française d'aujourd'hui) qui me l'a
confirmé.
Je traduirai éventuellement certains
passages que je trouve important. Ce qu'on remarque à sa lecture,
c'est qu'il y a dans ce mouvement une sympathie plus ou moins
importante pour des idées "pro-vie" (anti-avortement
thérapeutique et anti-euthanasie, pour faire simple), entre autres,
et éventuellement pour des idées sécuritaires,
conservatrices, voire libérales
– certains mouvements pro-handicapés ont en effet critiqué
l'état-providence comme créateur de dépendance, même si ce n'est
pas nécessairement une position majoritaire.
Je le dis tout de suite, je ne m'y
reconnais pas là-dedans, je tiens à le préciser. De conviction, en
effet, je suis plutôt du genre progressiste et libertaire. Je suis
personnellement sceptique par rapport à ce genre d'idées, en effet
je me sens plus attaché à la notion d'autonomie individuelle telle
que défendue ici par Michael Berubé, et je suis ainsi favorable au
suicide assisté et au dépistage prénatal (sous certaines
conditions très strictes bien entendu) ; c'est là que se situe
mon désaccord vis-à-vis des mouvements pro-handicapés décrits
dans cet article. Le raisonnement qui sous-tend leur opposition au
suicide assisté me semble relever d'un essentialisme dangereux (mais
encore une fois, c'est pour le même genre de raison que je me suis
opposé à l'abolition de la prostitution, ce qui pourra faire dire à
certains que ce n'est pas l'homme de gauche qui écrit ici mais le
libéral-social).
La lecture de cet article m'aura au
moins appris une chose : que c'est une erreur commune dans la
gauche française de ne voir l'euthanasie que comme une question
strictement religieuse, alors qu'elle n'est, au fond, pas plus
évidente que peuvent l'être la prostitution ou les mères
porteuses, dans un autre genre.
Autrement, les remarques qui sont
issues de cet article sont largement valables en France aussi.
Peut-être même davantage, car à
cela s'ajoutent, pour la France, d'autres problèmes additionnels :
- D'une part, la présence d'une droite
sociale, d'inspiration gaulliste ou démocrate-chrétienne, comme
ailleurs dans d'autres pays en Europe. Je l'ai déjà évoqué.
- Aussi, bien évidemment, l'influence
de la psychanalyse, notamment concernant la vision de l'autisme.
Hélas, il s'agit d'une influence encore forte sur la gauche
française à l'heure actuelle.
-
Également, et c'est un point très lié
au précédent : le fait que la gauche soit associée aux
fonctionnaires et au « conservatisme » ou à
l'immobilisme réel ou supposé de leurs milieux, notamment dans
l'éducation nationale. En effet, dans l'esprit de nombreuses
personnes, à cause de certains événements récurrents, la gauche –
ou plutôt l'extrême-gauche, en pratique – est associée à la
défense des intérêts des fonctionnaires et des employés publics
avant celui de la qualité de leur service (c'est une tendance à
laquelle je m'oppose). Et c'est aussi en France que le clivage
public/privé est le plus important, sur le plan politique. Comme
exemple de tension que cela entraîne, un amendement proposé à la
réforme Peillon de l'éducation a été très mal perçu par les
associations pro-handicapés. Cet amendement a finalement été
abandonné.
-
Enfin, et c'est un point beaucoup plus fondamental selon moi :
l'immense difficulté, voire l'incapacité franche d'une grande
partie de la gauche française à, tout simplement, penser la
différence biologique, qui serait forcément synonyme d'inégalité
et de hiérarchie – ce qui, dans les faits, est une sorte de
prophétie auto-réalisatrice, puisqu'on reconnaît implicitement des
sources légitimes d'inégalités et de hiérarchies –, alors que
c'est un point à côté duquel on ne peut pas passer concernant le
handicap (même lorsque, comme moi, on adhère au modèle social du
handicap). Une bonne partie de l'opposition à la loi de 2005 vient
de là, à mon avis. J'ai déjà critiqué ce type de raisonnement
dans un autre article. Un aspect révélateur de cet état d'esprit
est que, dans la pensée de gauche française, les différences
biologiques sont systématiquement minimisées, ce qui peut mener
certains courants de gauche à prôner une « politique de
l'autruche » sur ces questions (par exemple, enlever le mot
« race » de la constitution n'enlèvera pas le racisme).
C'est à mon avis pour cette raison précise que, contre toute
logique (et, notoirement, à l'inverse de la gauche américaine par
exemple), beaucoup dans la gauche française, encore aujourd'hui,
rejettent l'idée d'une origine biologique au moins partielle de
l'homosexualité. J'ai écrit un article à ce sujet.
Pour résoudre ce point-là, on peut se
tourner vers le modèle social du handicap et les disability
studies (étant donné qu'en tant que cultural studies, il
s'agit donc du même genre de concept que les gender studies,
ce devrait donc être une arme très efficace contre la droite).
On le
voit, la gauche ne devrait en aucun cas négliger la question.
D'abord parce que les handicapés, victimes de discriminations,
notamment sur le marché du travail, sont autant, voire plus que les
autres, victimes du néolibéralisme ; c'est ce qu'explique aussi
l'article que j'ai mis ici en lien. Ensuite, la démographie de la
France et le vieillissement de la population suggère que la question
acquerra de plus en plus d'importance à l'avenir. Enfin, il
s'agirait aussi de résister et de faire contrepoids à
l'instrumentalisation de la question par une grande partie de la
droite catholique, par exemple en admettant qu'il n'est pas
particulièrement moral d'avorter un enfant spécifiquement parce
qu'il est trisomique, contrairement à ce que pensent beaucoup de
laïcs, par exemple Dawkins ou Philippe Dor ; et c'est non seulement
Michael Berubé, mais PZ Myers qui m'a suggéré cette idée, il
n'est donc pas qu'un gros athée bourrin. La progression des
connaissances concernant la part biologique de l'homme est aussi ce
qui doit rendre la question pressante pour tous, comme je l'ai déjà
suggéré dans un précédent article.
Pour
terminer, peut-on simplement espérer une gauche qui, sans angélisme
ni utopisme, sans même nécessairement compromettre ses importantes
valeurs d'autonomie individuelle et personnelle, défende tous les
opprimés quels qu'ils soient et se batte pour l'égalité et la
justice, tout simplement ? L'article suggère que c'est loin d'être
facile ni évident et détaille pourquoi, mais on peut toujours
espérer...
31/07/2014
Petit bilan de mes opinions sur le mariage pour tous et autres questions liées
Si vous ne l'avez pas lu ailleurs sur ce blog, vous devez savoir que je suis pour l'extension du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe. Des exemples ici, ici et ici.
Lorsque le débat a éclaté à partir de fin 2012, j'ai très clairement choisi mon camp : celui de l'égalité. J'ai participé à plusieurs manifestations. J'étais venu, naïvement peut-être, défendre le projet de loi d'alors, qui prévoyait d'étendre le mariage et l'adoption aux couples homosexuels.
Je tiens à signaler que je n'ai absolument pas changé d'avis là-dessus. Le mariage pour tous a en effet permis d'affirmer dans le droit l'égale dignité de l'amour homosexuel par rapport à l'amour hétérosexuel, et l'ouverture de l'adoption a permis (ou, pour certains cas malheureusement, aurait dû permettre) la reconnaissance des familles homoparentales déjà existantes, de même que l'idée plus générale que les homos pouvaient être d'aussi bons parents que les hétéros. Ce sont des points qui, je le pense, pourraient faire largement consensus avec un peu de pédagogie.
Le caractère de plus en ridicule, voire burlesque, de l'attitude des opposants au projet, et - il faut le dire - l'homophobie crasse de certains d'entre eux, m'ont d'ailleurs plutôt donné raison dans ma décision de soutenir le projet de loi. Mais après la mi-2013, je me suis de moins en moins impliqué sur cette question. Certes, je regrette l'attitude de Manuel Valls et les renoncements plus généraux du gouvernement français actuel, mais je ne suis à vrai dire pas particulièrement pressé de voir la PMA étendue en France à l'heure actuelle. Contrairement à la précédente, je ne suis pas non plus passé à la Gay Pride de 2014 parce que je savais que l'ambiance allait y être mauvaise.
Pour reprendre depuis le départ, mon soutien au mariage et surtout à l'adoption de même sexe ne s'est pas imposé à moi comme une évidence naturelle, mais résulte au contraire d'une mûre réflexion de ma part ; je n'ai pas pris la question à la légère. Mes premières réflexions sur le sujet datent des premiers débats français autour du "mariage gay", en 2004, à l'époque où je n'étais encore qu'un ado boutonneux. Le mariage ne me posait déjà pas particulièrement de problèmes ; j'étais plus réticent sur l'adoption, ce qui était normal à l'époque, mais cette réticence s'est estompée progressivement lorsque je fus confronté à de meilleurs arguments.
En revanche, ce n'est que beaucoup plus récemment (vers 2012) que je me suis intéressé à la PMA. En particulier, je n'appréciais pas que de part et d'autre, on mélange la question du mariage et de l'adoption avec celle de la PMA (voire avec celle de la GPA), ce qui ne faisait qu'ajouter à la confusion selon moi. La Manif pour tous en a bien joué, d'ailleurs, mais à mon grand désarroi, mon propre camp n'a pas été en reste. Cela m'a donné l'impression qu'en France, dans ce genre de débat, il fallait accepter toutes les opinions d'un camp ou de l'autre sans intermédiaire possible. C'est ce qui explique d'ailleurs, je pense, qu'une vague connaissance que je pensais relativement pro-"mariage gay", aie avoué avoir participé à la Manif pour Tous à cause de son opposition à la PMA et à la GPA. Je n'en ai pas fait tout un foin, d'ailleurs, j'ai juste dit que j'étais en désaccord avec lui.
En l'état actuel des choses, plusieurs facteurs expliquent ma prudence à l'égard de la PMA, et pourquoi j'ai été prudent autrefois avant de me forger mon opinion sur le mariage et l'adoption :
- En ce qui me concerne, j'ai toujours été très sceptique vis-à-vis de l'anonymat des dons de gamètes (il me faudrait probablement un autre article pour expliquer pourquoi en détail). Je suis notamment opposé au principe d'anonymat obligatoire tel qu'il existe en France, et je suis favorable à la levée de l'anonymat des dons de gamètes. Ce n'est pas une opinion marginale, elle est défendue par plusieurs associations (dont une association homoparentale majeure), plusieurs autres pays ont voté des lois allant dans ce sens. A l'appui de ma position, je me suis intéressé aux études sur les enfants issus de PMA, comme ici. Pour la même raison, je suis critique de l'accouchement sous X tel qu'il existe actuellement.
- J'ai progressivement découvert qu'il existait, au sein de l'extrême-gauche sociétale, toute une sale tradition de défense de la liberté des adultes au détriment des droits des enfants. Je ne balance pas de liens, mais c'est assez connu. Et je pense que ce souvenir peut expliquer une bonne partie de l'opposition au mariage pour tous et aux questions associées. La gauche ne doit pas le négliger : elle sait que ses positions sur les questions de société peuvent parfois être son talon d'Achille.
- En 2013, sur Facebook, une amie lesbienne (qui élève elle-même un petit garçon avec une autre femme) m'a mis en garde contre une vision trop idéalisée de l'homoparentalité, qui semble exister dans certains milieux, à cause d'interprétations abusives des études - néanmoins très largement majoritaires, faut-il le préciser - ne montrant aucune différence de développement entre les enfants de familles homoparentales et les enfants de familles hétéroparentales.
- Qu'on ne se trompe pas : au cours des dernières années et des débats qui se sont écoulés, l'énorme majorité des commentaires stupides, haineux et/ou ignorants venaient bel et bien de la Manif pour Tous et des "antis". Mais mon propre camp n'en était pas exempt non plus. Je me souviens avoir entendu un "la liberté de conscience c'est pas dans nos croyances" (à l'époque, c'était contre François Hollande et ses propos sur la "liberté de conscience" des maires, mais hors contexte ça fait quand même froid dans le dos) ou lu des slogans pro-PMA objectivement très mauvais tels que "PMA : mon corps mon choix" ou "un enfant si je veux, quand je veux". Pour devenir l'épouvantail des "antis", on ne pouvait guère rêver mieux.
- Ailleurs aussi, chez certains intellectuels et/ou sur le Net, on trouve de mauvais arguments. A l'heure où les "antis" restent tenaces, il faut prendre garde à ne pas se tirer de balle dans le pied. Daniel Borrillo, dont j'avais donné une critique favorable (malgré des désaccords) de son ouvrage Bioéthique précédemment, semble être l'un de ceux qui persistent à voir en Irène Théry une farouche réactionnaire alors qu'elle a su habilement changer ses positions au cours du temps. Son article Mediapart Oedipe versus Marianne de 2010 me semble être un mélange d'idées pertinentes et d'autres qui me semblent beaucoup plus contestables. Interrogé sur le fait que les associations homoparentales françaises étaient favorables à la levée de l'anonymat des dons de gamètes (ou, au minimum, à un assouplissement de celui-ci) il répond en commentaire :
A l'origine de l'homoparentalité ne se trouve pas l'hétéroparentalité (sauf peut-être dans un sens strictement biologique ; autrement, personne ne peut le prétendre). Mais la complémentarité des sexes dans la procréation, si. Irène Théry avait donc raison lorsqu'elle écrivait que Borrillo confondait la différence des sexes et l'hétérosexualité. La première est une loi, sinon de notre espèce, du moins de notre société. La seconde est la forme majoritaire de la sexualité humaine, qui a historiquement facilité la perpétuation de l'espèce, sans y être nécessaire de nos jours, de par l'existence des nouvelles techniques de procréation.
Autrement, pour reprendre la fin de son commentaire, en quoi les enfants issus de PMA ne feraient pas partie des "intéressés" en question ?
Un autre genre d'argument douteux vient des groupes pro-PMA radicaux.
Voici ce que l'on peut lire dans la revue des panthères roses, repris par le site OuiOuiOui :
"L’absence des PMA* dans la loi pour le mariage pour touTEs sonne comme une redite des combats féministes passés pour l’accès à la contraception et à l’avortement. Aujourd’hui comme hier, l’enjeu est le contrôle du corps des femmes et l’intervention obligée d’un homme dans le choix d’avoir ou non un enfant. Pour les couples hétéros, la PMA ne pose pas de problème puisqu’un homme reste présent dans la filiation. Ce qui coince pour les lesbiennes et les femmes seules, c’est l’absence de père, c’est la possibilité d’avoir un enfant sans homme."
Mais justement, il est biologiquement impossible d'avoir un enfant sans homme (du moins sans un être qui a été homme au cours de son existence), sinon les lesbiennes n'auraient pas besoin de PMA et il n'y aurait pas de revendication à vouloir l'étendre. Si les hommes ne donnent pas leur sperme, il n'y a pas de PMA.
Il n'y a pas à dire, je ne me reconnais pas dans cette rhétorique-là.
Malgré tout, je tiens à le préciser, je soutiens l'extension de la PMA aux couples de femmes. Ce n'est certes pas par gaieté de cœur, mais parce que je tiens compte des réalités suivantes :
- D'une part, le caractère bancal du droit français actuel. En ouvrant l'adoption aux couples de même sexe, il a implicitement reconnu le fait que les homosexuels pouvaient être d'aussi bons parents que les hétéros. Cependant, il ne l'a pas reconnu en ce qui concerne la PMA. Celle-ci obéit donc toujours à un modèle pseudo-procréatif et pseudo-médical ; ce serait soi-disant pour pallier à la stérilité du couple. Mais il s'agit d'un mirage. Une PMA ne rend pas fertile un homme stérile, elle permet d'utiliser le sperme d'un autre homme pour féconder un ovule à sa place. L'ouverture de la PMA aux couples de femmes permettrait définitivement de remettre en cause cette conception.
- D'autre part, cela pourrait (paradoxalement ?) permettre le développement de pratiques plus responsables en ce qui concerne l'accès aux techniques procréatives. Au lieu de trajets souvent coûteux et/ou de pratiques hasardeuses, voire dangereuses (risques de transmission de MST pour la mère et l'enfant), on aurait enfin une information plus claire, plus homogène, plus accessible pour tous. Et aussi parce que la culpabilisation a posteriori, dans ce genre de circonstances, n'est bonne pour personne.
De plus, on peut supposer que ce serait également plus positif pour le bien-être futur des enfants qui grandiraient dans de telles familles.
Je suis un peu plus réservé concernant l'ouverture de la PMA aux femmes seules, pas pour des raisons psychanalytiques comme Geneviève Delaisi de Parseval, mais pour deux raisons principalement :
- Un parent seul n'aurait pas les mêmes capacités à faire face aux situations de la vie quotidienne que deux parents.
- Je crains que dissocier aussi clairement la procréation de l'amour entre deux personnes ne soit encore un concept un peu trop radical pour la France d'aujourd'hui.
Pour finir, je suis dans le flou total concernant mes opinions sur la GPA. Il semblerait que même une GPA dite "éthique" doive être payante dans une certaine mesure. La question n'est de toute façon pas à l'ordre du jour. Il n'empêche que je suis favorable à la reconnaissance des GPA pratiquées à l'étranger - de façon à ne pénaliser personne - et je rejoins la décision de la CEDH sur ce dernier point.
Lorsque le débat a éclaté à partir de fin 2012, j'ai très clairement choisi mon camp : celui de l'égalité. J'ai participé à plusieurs manifestations. J'étais venu, naïvement peut-être, défendre le projet de loi d'alors, qui prévoyait d'étendre le mariage et l'adoption aux couples homosexuels.
Je tiens à signaler que je n'ai absolument pas changé d'avis là-dessus. Le mariage pour tous a en effet permis d'affirmer dans le droit l'égale dignité de l'amour homosexuel par rapport à l'amour hétérosexuel, et l'ouverture de l'adoption a permis (ou, pour certains cas malheureusement, aurait dû permettre) la reconnaissance des familles homoparentales déjà existantes, de même que l'idée plus générale que les homos pouvaient être d'aussi bons parents que les hétéros. Ce sont des points qui, je le pense, pourraient faire largement consensus avec un peu de pédagogie.
Le caractère de plus en ridicule, voire burlesque, de l'attitude des opposants au projet, et - il faut le dire - l'homophobie crasse de certains d'entre eux, m'ont d'ailleurs plutôt donné raison dans ma décision de soutenir le projet de loi. Mais après la mi-2013, je me suis de moins en moins impliqué sur cette question. Certes, je regrette l'attitude de Manuel Valls et les renoncements plus généraux du gouvernement français actuel, mais je ne suis à vrai dire pas particulièrement pressé de voir la PMA étendue en France à l'heure actuelle. Contrairement à la précédente, je ne suis pas non plus passé à la Gay Pride de 2014 parce que je savais que l'ambiance allait y être mauvaise.
Pour reprendre depuis le départ, mon soutien au mariage et surtout à l'adoption de même sexe ne s'est pas imposé à moi comme une évidence naturelle, mais résulte au contraire d'une mûre réflexion de ma part ; je n'ai pas pris la question à la légère. Mes premières réflexions sur le sujet datent des premiers débats français autour du "mariage gay", en 2004, à l'époque où je n'étais encore qu'un ado boutonneux. Le mariage ne me posait déjà pas particulièrement de problèmes ; j'étais plus réticent sur l'adoption, ce qui était normal à l'époque, mais cette réticence s'est estompée progressivement lorsque je fus confronté à de meilleurs arguments.
En revanche, ce n'est que beaucoup plus récemment (vers 2012) que je me suis intéressé à la PMA. En particulier, je n'appréciais pas que de part et d'autre, on mélange la question du mariage et de l'adoption avec celle de la PMA (voire avec celle de la GPA), ce qui ne faisait qu'ajouter à la confusion selon moi. La Manif pour tous en a bien joué, d'ailleurs, mais à mon grand désarroi, mon propre camp n'a pas été en reste. Cela m'a donné l'impression qu'en France, dans ce genre de débat, il fallait accepter toutes les opinions d'un camp ou de l'autre sans intermédiaire possible. C'est ce qui explique d'ailleurs, je pense, qu'une vague connaissance que je pensais relativement pro-"mariage gay", aie avoué avoir participé à la Manif pour Tous à cause de son opposition à la PMA et à la GPA. Je n'en ai pas fait tout un foin, d'ailleurs, j'ai juste dit que j'étais en désaccord avec lui.
En l'état actuel des choses, plusieurs facteurs expliquent ma prudence à l'égard de la PMA, et pourquoi j'ai été prudent autrefois avant de me forger mon opinion sur le mariage et l'adoption :
- En ce qui me concerne, j'ai toujours été très sceptique vis-à-vis de l'anonymat des dons de gamètes (il me faudrait probablement un autre article pour expliquer pourquoi en détail). Je suis notamment opposé au principe d'anonymat obligatoire tel qu'il existe en France, et je suis favorable à la levée de l'anonymat des dons de gamètes. Ce n'est pas une opinion marginale, elle est défendue par plusieurs associations (dont une association homoparentale majeure), plusieurs autres pays ont voté des lois allant dans ce sens. A l'appui de ma position, je me suis intéressé aux études sur les enfants issus de PMA, comme ici. Pour la même raison, je suis critique de l'accouchement sous X tel qu'il existe actuellement.
- J'ai progressivement découvert qu'il existait, au sein de l'extrême-gauche sociétale, toute une sale tradition de défense de la liberté des adultes au détriment des droits des enfants. Je ne balance pas de liens, mais c'est assez connu. Et je pense que ce souvenir peut expliquer une bonne partie de l'opposition au mariage pour tous et aux questions associées. La gauche ne doit pas le négliger : elle sait que ses positions sur les questions de société peuvent parfois être son talon d'Achille.
- En 2013, sur Facebook, une amie lesbienne (qui élève elle-même un petit garçon avec une autre femme) m'a mis en garde contre une vision trop idéalisée de l'homoparentalité, qui semble exister dans certains milieux, à cause d'interprétations abusives des études - néanmoins très largement majoritaires, faut-il le préciser - ne montrant aucune différence de développement entre les enfants de familles homoparentales et les enfants de familles hétéroparentales.
- Qu'on ne se trompe pas : au cours des dernières années et des débats qui se sont écoulés, l'énorme majorité des commentaires stupides, haineux et/ou ignorants venaient bel et bien de la Manif pour Tous et des "antis". Mais mon propre camp n'en était pas exempt non plus. Je me souviens avoir entendu un "la liberté de conscience c'est pas dans nos croyances" (à l'époque, c'était contre François Hollande et ses propos sur la "liberté de conscience" des maires, mais hors contexte ça fait quand même froid dans le dos) ou lu des slogans pro-PMA objectivement très mauvais tels que "PMA : mon corps mon choix" ou "un enfant si je veux, quand je veux". Pour devenir l'épouvantail des "antis", on ne pouvait guère rêver mieux.
- Ailleurs aussi, chez certains intellectuels et/ou sur le Net, on trouve de mauvais arguments. A l'heure où les "antis" restent tenaces, il faut prendre garde à ne pas se tirer de balle dans le pied. Daniel Borrillo, dont j'avais donné une critique favorable (malgré des désaccords) de son ouvrage Bioéthique précédemment, semble être l'un de ceux qui persistent à voir en Irène Théry une farouche réactionnaire alors qu'elle a su habilement changer ses positions au cours du temps. Son article Mediapart Oedipe versus Marianne de 2010 me semble être un mélange d'idées pertinentes et d'autres qui me semblent beaucoup plus contestables. Interrogé sur le fait que les associations homoparentales françaises étaient favorables à la levée de l'anonymat des dons de gamètes (ou, au minimum, à un assouplissement de celui-ci) il répond en commentaire :
"Au delà de la manière dont techniquement les enfants adoptifs ou issus d’une AMP pourront disposer de cette information [sur leurs géniteurs], je ne comprends toujours pas pourquoi cette levée de l’anonymat des donneurs doit être une condition à la filiation homoparentale.
Je crois qu'il faut dissocier les problématiques, l'égalité des filiations est une chose, la reconnaissance des origines biologiques en est une autre. L’association de ces questions aujourd’hui me semble répondre à une idéologie naturaliste qui prétend dire quelque part qu'à l'origine de l’homoparentalité se trouve l'hétéroparentalité. Or, depuis des siècles, le droit a clairement distingué la procréation de la filiation. La première est un fait de nature, la deuxième est une création culturelle qui parfois coïncide avec le biologique mais pas nécessairement. Aussi, d'un point de vue pratique, je ne suis pas certain que tous les couples souhaitent que les enfants adoptifs ou issus d’une AMP puissent accéder aux origines biologiques et « imposer » cette présence des géniteurs à leurs familles.
Le plus surprenant de tout cela c’est l’absence du point de vue des principaux intéressés.
Au lieu de demander l’expertise psychanalytique, il vaudrait mieux savoir ce que les personnes directement concernées pensent de tout cela."
A l'origine de l'homoparentalité ne se trouve pas l'hétéroparentalité (sauf peut-être dans un sens strictement biologique ; autrement, personne ne peut le prétendre). Mais la complémentarité des sexes dans la procréation, si. Irène Théry avait donc raison lorsqu'elle écrivait que Borrillo confondait la différence des sexes et l'hétérosexualité. La première est une loi, sinon de notre espèce, du moins de notre société. La seconde est la forme majoritaire de la sexualité humaine, qui a historiquement facilité la perpétuation de l'espèce, sans y être nécessaire de nos jours, de par l'existence des nouvelles techniques de procréation.
Autrement, pour reprendre la fin de son commentaire, en quoi les enfants issus de PMA ne feraient pas partie des "intéressés" en question ?
Un autre genre d'argument douteux vient des groupes pro-PMA radicaux.
Voici ce que l'on peut lire dans la revue des panthères roses, repris par le site OuiOuiOui :
"L’absence des PMA* dans la loi pour le mariage pour touTEs sonne comme une redite des combats féministes passés pour l’accès à la contraception et à l’avortement. Aujourd’hui comme hier, l’enjeu est le contrôle du corps des femmes et l’intervention obligée d’un homme dans le choix d’avoir ou non un enfant. Pour les couples hétéros, la PMA ne pose pas de problème puisqu’un homme reste présent dans la filiation. Ce qui coince pour les lesbiennes et les femmes seules, c’est l’absence de père, c’est la possibilité d’avoir un enfant sans homme."
Mais justement, il est biologiquement impossible d'avoir un enfant sans homme (du moins sans un être qui a été homme au cours de son existence), sinon les lesbiennes n'auraient pas besoin de PMA et il n'y aurait pas de revendication à vouloir l'étendre. Si les hommes ne donnent pas leur sperme, il n'y a pas de PMA.
Il n'y a pas à dire, je ne me reconnais pas dans cette rhétorique-là.
Malgré tout, je tiens à le préciser, je soutiens l'extension de la PMA aux couples de femmes. Ce n'est certes pas par gaieté de cœur, mais parce que je tiens compte des réalités suivantes :
- D'une part, le caractère bancal du droit français actuel. En ouvrant l'adoption aux couples de même sexe, il a implicitement reconnu le fait que les homosexuels pouvaient être d'aussi bons parents que les hétéros. Cependant, il ne l'a pas reconnu en ce qui concerne la PMA. Celle-ci obéit donc toujours à un modèle pseudo-procréatif et pseudo-médical ; ce serait soi-disant pour pallier à la stérilité du couple. Mais il s'agit d'un mirage. Une PMA ne rend pas fertile un homme stérile, elle permet d'utiliser le sperme d'un autre homme pour féconder un ovule à sa place. L'ouverture de la PMA aux couples de femmes permettrait définitivement de remettre en cause cette conception.
- D'autre part, cela pourrait (paradoxalement ?) permettre le développement de pratiques plus responsables en ce qui concerne l'accès aux techniques procréatives. Au lieu de trajets souvent coûteux et/ou de pratiques hasardeuses, voire dangereuses (risques de transmission de MST pour la mère et l'enfant), on aurait enfin une information plus claire, plus homogène, plus accessible pour tous. Et aussi parce que la culpabilisation a posteriori, dans ce genre de circonstances, n'est bonne pour personne.
De plus, on peut supposer que ce serait également plus positif pour le bien-être futur des enfants qui grandiraient dans de telles familles.
Je suis un peu plus réservé concernant l'ouverture de la PMA aux femmes seules, pas pour des raisons psychanalytiques comme Geneviève Delaisi de Parseval, mais pour deux raisons principalement :
- Un parent seul n'aurait pas les mêmes capacités à faire face aux situations de la vie quotidienne que deux parents.
- Je crains que dissocier aussi clairement la procréation de l'amour entre deux personnes ne soit encore un concept un peu trop radical pour la France d'aujourd'hui.
Pour finir, je suis dans le flou total concernant mes opinions sur la GPA. Il semblerait que même une GPA dite "éthique" doive être payante dans une certaine mesure. La question n'est de toute façon pas à l'ordre du jour. Il n'empêche que je suis favorable à la reconnaissance des GPA pratiquées à l'étranger - de façon à ne pénaliser personne - et je rejoins la décision de la CEDH sur ce dernier point.
19/05/2014
Futurs changements possibles concernant ce blog
J'ai réfléchi à la possibilité de changer un peu la présentation du blog, par exemple changer son titre, sans pour autant changer l'adresse de celui-ci.
En effet, en écrivant pour ce blog, les problèmes que j'ai trouvés ont été les suivants :
- Ce blog est censé traiter de biologie ou de psychologie, or ni mon travail, ni mon domaine d'études (à l'exception d'un peu de sociologie, et encore) ne me donnent le droit d'écrire beaucoup sur ces sujets. J'ai bien à mes côtés le psychologue belge Jérémy Royaux, qui a écrit un article pour ce blog, mais c'est le seul pour le moment à qui j'ai pu faire appel.
D'autres personnes beaucoup plus qualifiées que moi écrivent déjà sur ces sujets, sur des sites beaucoup plus fréquentés. Les exemples sont trop nombreux, j'ai une liste de blogs à droite, et d'autres articles dans les labels blog, liens et sites. Et n'hésitez pas à chercher par vous-mêmes, si vous voulez approfondir le sujet.
- Je pense avoir globalement fait le tour de la critique des raisonnements typiquement français liés à l'inné et à l'acquis. Pour le reste, je vous renvoie à The Blank Slate, de Steven Pinker, livre que je vous conseille vivement, qui aborde la question de façon plus détaillée.
- J'ai de nombreux articles encore en chantier, et je pense en abandonner : certains d'entre eux se voulaient des réponses à des événements qui ne sont plus vraiment d'actualité aujourd'hui, d'autres sont des suites de vieux articles.
Je précise donc que le blog ne va pas s'arrêter tout de suite, loin de là, mais que la présentation devrait en être changée.
En effet, en écrivant pour ce blog, les problèmes que j'ai trouvés ont été les suivants :
- Ce blog est censé traiter de biologie ou de psychologie, or ni mon travail, ni mon domaine d'études (à l'exception d'un peu de sociologie, et encore) ne me donnent le droit d'écrire beaucoup sur ces sujets. J'ai bien à mes côtés le psychologue belge Jérémy Royaux, qui a écrit un article pour ce blog, mais c'est le seul pour le moment à qui j'ai pu faire appel.
D'autres personnes beaucoup plus qualifiées que moi écrivent déjà sur ces sujets, sur des sites beaucoup plus fréquentés. Les exemples sont trop nombreux, j'ai une liste de blogs à droite, et d'autres articles dans les labels blog, liens et sites. Et n'hésitez pas à chercher par vous-mêmes, si vous voulez approfondir le sujet.
- Je pense avoir globalement fait le tour de la critique des raisonnements typiquement français liés à l'inné et à l'acquis. Pour le reste, je vous renvoie à The Blank Slate, de Steven Pinker, livre que je vous conseille vivement, qui aborde la question de façon plus détaillée.
- J'ai de nombreux articles encore en chantier, et je pense en abandonner : certains d'entre eux se voulaient des réponses à des événements qui ne sont plus vraiment d'actualité aujourd'hui, d'autres sont des suites de vieux articles.
Je précise donc que le blog ne va pas s'arrêter tout de suite, loin de là, mais que la présentation devrait en être changée.
05/05/2014
Scientia Salon
Scientia Salon est un blog Wordpress (en anglais) qui aborde principalement le thème de la philosophie des sciences.
Parmi les auteurs, on compte Massimo Pigliucci, connu pour son ancien blog/podcast Rationally Speaking, mais également Alan Sokal, auteur d'un célèbre canular, et d'autres que l'on peut trouver ici.
Entre autres articles intéressants :
- Alan Sokal est à l'origine d'une série de trois articles sur ce qu'est la science selon lui ;
- Massimo Pigliucci critique le scientisme avec plus ou moins de mérite, en réponse à un article de John Shook qui critique les accusations de scientisme régulièrement faites à l'encontre des scientifiques ;
- en rapport avec la fin de l'article précédent, cet article de Pigliucci sur l'eugénisme ;
- cette série de trois articles sur les rapports entre la religion et la science, par David Kyle ;
- ou encore cet article sur la conscience, par Mike Trites.
Le blog est régulièrement mis à jour, et s'annonce assez prometteur...
Parmi les auteurs, on compte Massimo Pigliucci, connu pour son ancien blog/podcast Rationally Speaking, mais également Alan Sokal, auteur d'un célèbre canular, et d'autres que l'on peut trouver ici.
Entre autres articles intéressants :
- Alan Sokal est à l'origine d'une série de trois articles sur ce qu'est la science selon lui ;
- Massimo Pigliucci critique le scientisme avec plus ou moins de mérite, en réponse à un article de John Shook qui critique les accusations de scientisme régulièrement faites à l'encontre des scientifiques ;
- en rapport avec la fin de l'article précédent, cet article de Pigliucci sur l'eugénisme ;
- cette série de trois articles sur les rapports entre la religion et la science, par David Kyle ;
- ou encore cet article sur la conscience, par Mike Trites.
Le blog est régulièrement mis à jour, et s'annonce assez prometteur...
04/05/2014
L'écologie politique est-elle un courant essentiellement réac ?
Le rapport de certains sceptiques vis-à-vis de l'écologie est assez complexe, beaucoup d'observateurs du mouvement considérant qu'ils ne remplissent pas leur mission ou sortent de leur rôle sur ce point, à cause de certains biais.
Par exemple, depuis un certain temps, on reproche, pour de bonnes et aussi de moins bonnes raisons, à de nombreux sceptiques francophones, et en particulier à l'AFIS, d'avoir un biais "anti-écolo" plus ou moins important qui fausserait d'entrée de jeu leur traitement des questions scientifiques liés à l'environnement. En fait, ce biais virerait carrément à l'obsession. Voilà pour le positif (par opposition au normatif) ; sur le plan normatif donc, ce biais serait sous-tendu par une idéologie scientiste XIXème siècle pouvant être mêlé à un certain progressisme sur d'autres questions, et c'est au nom de cette idéologie qu'ils persisteraient à qualifier l'écologie politique de réac.
Ce serait le cas de Yann Kindo (dont j'avais déjà analysé un article), militant rationaliste, membre de Lutte Ouvrière, qui tient un blog Mediapart, où il critique principalement la psychanalyse et certaines dérives associées à l'écologie. Le blog, apparemment, parle d'ailleurs assez peu de communisme en fait, ce qui a pu faire dire à certains de ses détracteurs que son effort était contre-productif à force de vouloir taper sur ceux qui étaient censés être ses propres alliés.
A vrai dire, nous sommes d'accord sur certains points, par exemple nous sommes tous les deux très critiques vis-à-vis de la psychanalyse, en particulier appliquée à l'autisme. Mais lorsqu'il parle d'écologie, je ne me reconnais pas dans sa démarche. Pas parce que je serais foncièrement en désaccord avec lui, sur certaines questions liées à ce sujet : au contraire, bien que je me sente une certaine fibre écolo, comme beaucoup, après m'être mieux renseigné sur ces questions, je ne suis pas particulièrement anti-nucléaire ni anti-OGM par exemple, ce qui fait que pour certains je ne serai jamais vraiment écolo, d'ailleurs.
C'est plutôt la tonalité de ses articles sur ce thème et la nature de sa démarche qui m'interpelle. Par exemple, il a récemment écrit un article sur José Bové, où il critique l'opposition de celui-ci à la PMA (le contexte actuel rend d'ailleurs le titre un peu trompeur : José Bové est bien opposé à toute forme de PMA, pas seulement pour les couples homos) ; on comprend vite la raison :
Sa méthode, si l'on voit l'historique de ses articles, consiste essentiellement à trouver des "écolos" qui ont des positions réacs sur tel ou tel sujet, puis en conclure apparemment que l'écologie politique dans son ensemble est un courant réac. Si c'est ainsi que Yann Kindo essaie de nous convaincre que l'écologie politique est un courant réac, on peut dire que c'est assez fallacieux. Quitte à franchir le point Godwin, c'est un peu comme si on disait que la défense des animaux était une idée nazie sous prétexte qu'Adolf Hitler a fait passer les lois les plus ambitieuses sur le sujet, pour son époque.
Je vais maintenant argumenter dans le sens contraire de ce qu'il écrit, et pour détailler mon point de vue je vais essayer d'être plus constructif que les commentaires Mediapart auxquels Kindo a habituellement droit.
Tout d'abord, à vrai dire, je ne pense pas qu'il parviendra un jour à démontrer que l'écologie est réac. Mon opinion est que, même si l'écologie avait été "réac" à une époque donnée, il y a beaucoup de positions politiques qui ne sont pas écrites dans le marbre comme étant progressistes ou réactionnaires*. Par exemple, le libre-échange était une idée soutenue par divers mouvements progressistes (ou au moins centre-gauche) au XIXème siècle, aujourd'hui la plupart l'associent à la droite néolibérale. La perception des courants (proto)régionalistes a aussi allègrement navigué selon les endroits et les époques.
Par exemple, depuis un certain temps, on reproche, pour de bonnes et aussi de moins bonnes raisons, à de nombreux sceptiques francophones, et en particulier à l'AFIS, d'avoir un biais "anti-écolo" plus ou moins important qui fausserait d'entrée de jeu leur traitement des questions scientifiques liés à l'environnement. En fait, ce biais virerait carrément à l'obsession. Voilà pour le positif (par opposition au normatif) ; sur le plan normatif donc, ce biais serait sous-tendu par une idéologie scientiste XIXème siècle pouvant être mêlé à un certain progressisme sur d'autres questions, et c'est au nom de cette idéologie qu'ils persisteraient à qualifier l'écologie politique de réac.
Ce serait le cas de Yann Kindo (dont j'avais déjà analysé un article), militant rationaliste, membre de Lutte Ouvrière, qui tient un blog Mediapart, où il critique principalement la psychanalyse et certaines dérives associées à l'écologie. Le blog, apparemment, parle d'ailleurs assez peu de communisme en fait, ce qui a pu faire dire à certains de ses détracteurs que son effort était contre-productif à force de vouloir taper sur ceux qui étaient censés être ses propres alliés.
A vrai dire, nous sommes d'accord sur certains points, par exemple nous sommes tous les deux très critiques vis-à-vis de la psychanalyse, en particulier appliquée à l'autisme. Mais lorsqu'il parle d'écologie, je ne me reconnais pas dans sa démarche. Pas parce que je serais foncièrement en désaccord avec lui, sur certaines questions liées à ce sujet : au contraire, bien que je me sente une certaine fibre écolo, comme beaucoup, après m'être mieux renseigné sur ces questions, je ne suis pas particulièrement anti-nucléaire ni anti-OGM par exemple, ce qui fait que pour certains je ne serai jamais vraiment écolo, d'ailleurs.
C'est plutôt la tonalité de ses articles sur ce thème et la nature de sa démarche qui m'interpelle. Par exemple, il a récemment écrit un article sur José Bové, où il critique l'opposition de celui-ci à la PMA (le contexte actuel rend d'ailleurs le titre un peu trompeur : José Bové est bien opposé à toute forme de PMA, pas seulement pour les couples homos) ; on comprend vite la raison :
"Un des thèmes majeurs de ce blog est de recueillir des données et de développer des arguments pour montrer que l'écologie politique, et tout particulièrement en son sein le mouvement anti-OGM, sont des courants essentiellement réacs."
Sa méthode, si l'on voit l'historique de ses articles, consiste essentiellement à trouver des "écolos" qui ont des positions réacs sur tel ou tel sujet, puis en conclure apparemment que l'écologie politique dans son ensemble est un courant réac. Si c'est ainsi que Yann Kindo essaie de nous convaincre que l'écologie politique est un courant réac, on peut dire que c'est assez fallacieux. Quitte à franchir le point Godwin, c'est un peu comme si on disait que la défense des animaux était une idée nazie sous prétexte qu'Adolf Hitler a fait passer les lois les plus ambitieuses sur le sujet, pour son époque.
Je vais maintenant argumenter dans le sens contraire de ce qu'il écrit, et pour détailler mon point de vue je vais essayer d'être plus constructif que les commentaires Mediapart auxquels Kindo a habituellement droit.
Tout d'abord, à vrai dire, je ne pense pas qu'il parviendra un jour à démontrer que l'écologie est réac. Mon opinion est que, même si l'écologie avait été "réac" à une époque donnée, il y a beaucoup de positions politiques qui ne sont pas écrites dans le marbre comme étant progressistes ou réactionnaires*. Par exemple, le libre-échange était une idée soutenue par divers mouvements progressistes (ou au moins centre-gauche) au XIXème siècle, aujourd'hui la plupart l'associent à la droite néolibérale. La perception des courants (proto)régionalistes a aussi allègrement navigué selon les endroits et les époques.
De fait, les idées ont une vie après leurs promoteurs initiaux, et les exemples sont très nombreux.
D'ailleurs, l'écologie politique est-elle vraiment née à l'extrême-droite comme certains le prétendent ? Cela semble plus compliqué : en effet, si d'un point de vue moderne, on peut trouver Rousseau ou Henry David Thoreau "réac" sur certains points, il est clair que sur d'autres ce sont des précurseurs évidents de la gauche actuelle. Certes, il y a bien eu l'influence ambigüe du romantisme au XIXème siècle sur les proto-écolos, mais ceux-ci, dans le monde anglo-saxon en tout cas, étaient souvent (déjà !) socialisants (John Ruskin, William Morris, George Bernard Shaw...), et même chez Karl Marx, on peut trouver des passages qui témoignent d'un certain souci pour l'environnement.
De façon générale, assez étonnamment, lorsqu'il critique l'écologie, Yann Kindo passe complètement à côté de (ou feint de ne pas voir) ce qui rapproche les écologistes et la gauche socialiste au sens large. Les écologistes et les socialistes sont deux groupes qui, pour différentes raisons, ne croient pas au marché libre et veulent plus ou moins réguler l'économie. Autrement dit, ils se sont alliés parce qu'ils avaient un adversaire commun : le capitalisme industriel et libéral. Que l'on établisse une filiation hypothétique entre l'écologie politique et l'anticapitalisme de droite n'y change rien.
Ce rapprochement peut même devenir plus profond : d'un côté, les écologistes peuvent trouver que les inégalités sociales n'ont rien de naturel et militer pour davantage de justice, et inversement les socialistes classiques peuvent s'intéresser à certains arguments des écologistes par rapport à la qualité de vie, en particulier celle des classes défavorisées.
Ce rapprochement des socialistes et des écologistes était la partie "facile" ; mais Yann Kindo ne parvient pas à expliquer non plus pourquoi, dans presque tous les pays occidentaux, les partis verts ont eu de nombreuses tendances extrêmement progressistes sur le plan sociétal, plus que les sociaux-démocrates et au moins autant que l'extrême gauche**.
Ce rapprochement peut même devenir plus profond : d'un côté, les écologistes peuvent trouver que les inégalités sociales n'ont rien de naturel et militer pour davantage de justice, et inversement les socialistes classiques peuvent s'intéresser à certains arguments des écologistes par rapport à la qualité de vie, en particulier celle des classes défavorisées.
Ce rapprochement des socialistes et des écologistes était la partie "facile" ; mais Yann Kindo ne parvient pas à expliquer non plus pourquoi, dans presque tous les pays occidentaux, les partis verts ont eu de nombreuses tendances extrêmement progressistes sur le plan sociétal, plus que les sociaux-démocrates et au moins autant que l'extrême gauche**.
C'est que cette opposition au capitalisme (ou au moins à ses formes les plus libérales) peut s'étendre à une opposition à toute la pensée de droite.
J'ai analysé ce que je pensais de l'opposition gauche-droite dans cet article. Le noyau de la pensée de droite, selon moi, est l'idée que la vie est intrinsèquement difficile, qu'on ne peut pas toujours faire confiance à l'Autre, et que pour continuer à vivre et préserver son identité sur le long terme il faut chercher à se défendre contre le monde extérieur par le travail, par la natalité et par les armes. Or, les écologistes modernes pensent que c'est justement cette attitude qui nuit à l'environnement : le productivisme, la surpopulation, la concurrence effrénée, la recherche inconsidérée du profit et les armes de destruction massive menacent tous la vivabilité à long terme de la planète.
Qu'on ne s'étonne pas si les alliances entre écologistes et pacifistes paraissent alors évidentes. De même, les écologistes actuels, fascinés par la planète dans son entièreté, sont plus facilement universalistes. C'est pourquoi l'approche de l' "écologie" d'extrême-droite, qui est de ne s'intéresser qu'aux écosystèmes locaux, ceux du terroir, devient un non-sens et entre en contradiction profonde avec l'écologie actuelle.
Finalement, il n'y a que sur les questions de société que les positions de la plupart des Verts ne paraissent pas évidentes à première vue, d'autant plus que dans de nombreux pays, elles ont historiquement été les plus radicales parmi les grands partis parlementaires. L'idée principale est que les Verts défendent un "naturalisme subversif" ; pour faire simple, il s'agit d'une remise en question de l'ethos associé à la civilisation judéo-chrétienne, en particulier à la civilisation industrielle, victorienne ; dans ce contexte, défendre les libertés individuelles peut signifier défendre la nature intérieure de l'humain contre les restrictions artificielles imposées par la société.
Un dernier point à soulever est la distinction qu'il faut faire entre l' "ordre naturel" d'une part et la nature, au sens de l'environnement, d'autre part : le premier concept est conservateur, le second pas forcément ; en fait, d'une certaine façon, on peut dire que les écologistes remettent en question la domination de l'Homme sur son environnement, domination que leurs adversaires pourraient qualifier de naturelle !
Bien sûr, l'écologie politique n'est pas à l'abri de certaines contradictions, et un certain "naturalisme conservateur" existe bel et bien. Mais voilà, on ne peut pas dire que l'écologie politique soit un courant essentiellement réac.
Certes, on pourra reprocher aux positions des Verts sur certains sujets tels que les OGM d'être mal informées d'un point de vue empirique, mais peut-on leur reprocher d'être réac ? Dans le sens où le sujet n'a rien à voir avec les inégalités sociales et qu'il y a trop d'interprétations possibles de la question - selon à qui on parle, ça peut être aussi bien l'économie responsable contre l'avidité capitaliste, que la pureté naturelle contre la corruption, que la prospérité contre la bureaucratie, que le progrès contre l'obscurantisme*** - je pense que non.
Bref, parlons un peu de José Bové. Il se dit opposé à toute manipulation sur le vivant, donc à la PMA, par opposition aux dérives auxquelles cela pourrait ouvrir la porte. Je suis forcé de constater que c'est en effet très cohérent avec son opposition aux OGM. Maintenant, gardons à l'esprit que la science à elle seule ne peut pas nous dire s'il est bon ou non d'autoriser ce genre de méthodes, autrement dit, même si José Bové adhérait au consensus scientifique sur les OGM, cela ne ferait aucune différence.
Lorsqu'il dit "je ne crois pas que le droit à l'enfant soit un droit" je pense qu'il a raison, dans un sens très littéral. Je ne pense pas que quiconque ait le droit de demander des gamètes à l'Etat pour faire un gosse, par exemple.
José Bové est-il réac sur ce plan ? Dans un sens littéral, peut-être ; dans un sens politique, pas forcément, c'est difficile à dire. On pourrait dire que sa position n'est pas discriminatoire, puisqu'il s'y oppose aussi pour les hétéros. J'aurais tendance à penser qu'elle se situe hors du clivage gauche-droite, tout simplement (cf. mon raisonnement sur les OGM).
A la limite, on pourrait reprocher à Bové d'adhérer au sophisme de la "pente glissante" : si on autorise telle ou telle pratique, peu à peu on s'enfoncera dans l'eugénisme...
A l'appui de sa thèse, José Bové cite Jacques Testart. D'après Wikipédia, Testart est un proche de Bové, ce qui expliquerait qu'ils aient pu s'influencer mutuellement. C'est également un décroissant, raison de plus pour que Kindo ne l'apprécie pas (en ce qui me concerne, je suis moi aussi très sceptique par rapport à la décroissance, mais peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons, et surtout je ne la qualifierai pas d'intrinsèquement réac, cf. tout mon raisonnement ci-dessus). Autrement, je ne connais pas très bien les positions de Testart ; j'ai feuilleté son livre Faire des enfants demain en librairie, et je dirais qu'il posait de bonnes questions, sans forcément fournir de bonnes réponses (c'est ce qu'on disait aussi du FN, je sais), en particulier, son idée de résoudre des questions de bioéthique complexe à grands coup de décroissance me semble impossible ou dangereuse.
Je ne prétends pas avoir de réponses à tout cela. Mais on ne peut nier que la PMA pose toute une batterie de questions éthiques. En ce qui me concerne, je suis pour la PMA, mais favorable à une réforme de celle-ci, notamment concernant certains aspects, en tenant compte du fait qu'elle puisse être élargie à d'autres types de couples. Je devrais écrire un ou deux articles à ce sujet, d'ailleurs.
Concernant l'eugénisme... Je ne sais pas si les inquiétudes de Testart sont fondées, n'ayant pas lu son bouquin, mais selon moi, toutes les possibilités de dérives de notre société vers l'eugénisme devraient être sérieusement considérées, quand on se dit de gauche. L'eugénisme est en effet un point sur lequel les valeurs de la gauche peuvent buter, pour finir par disparaître. On l'oublie souvent, mais les partisans de l'eugénisme à la fin du XIXème siècle et au début du XXème étaient fréquemment des progressistes, et pas toujours des "darwinistes sociaux". En pratique, l'eugénisme aboutit à des situations de violente hiérarchie sociale et/ou de suppression de la liberté individuelle et à plus long terme, n'est compatible qu'avec une idéologie d'extrême-droite.
Mais même les possibilités d' "eugénisme inversé" devraient être prises en compte, parce qu'elles pourraient déboucher sur de nouvelles formes de communautarisme ; pour ceux qui se demanderaient comment l' "eugénisme inversé" peut exister, j'ai l'exemple de cette histoire d'un couple de sourds qui ont essayé d'avoir un enfant sourd, grâce à la FIV, à vérifier toutefois...
Qu'on ne s'étonne pas si les alliances entre écologistes et pacifistes paraissent alors évidentes. De même, les écologistes actuels, fascinés par la planète dans son entièreté, sont plus facilement universalistes. C'est pourquoi l'approche de l' "écologie" d'extrême-droite, qui est de ne s'intéresser qu'aux écosystèmes locaux, ceux du terroir, devient un non-sens et entre en contradiction profonde avec l'écologie actuelle.
Finalement, il n'y a que sur les questions de société que les positions de la plupart des Verts ne paraissent pas évidentes à première vue, d'autant plus que dans de nombreux pays, elles ont historiquement été les plus radicales parmi les grands partis parlementaires. L'idée principale est que les Verts défendent un "naturalisme subversif" ; pour faire simple, il s'agit d'une remise en question de l'ethos associé à la civilisation judéo-chrétienne, en particulier à la civilisation industrielle, victorienne ; dans ce contexte, défendre les libertés individuelles peut signifier défendre la nature intérieure de l'humain contre les restrictions artificielles imposées par la société.
Un dernier point à soulever est la distinction qu'il faut faire entre l' "ordre naturel" d'une part et la nature, au sens de l'environnement, d'autre part : le premier concept est conservateur, le second pas forcément ; en fait, d'une certaine façon, on peut dire que les écologistes remettent en question la domination de l'Homme sur son environnement, domination que leurs adversaires pourraient qualifier de naturelle !
Bien sûr, l'écologie politique n'est pas à l'abri de certaines contradictions, et un certain "naturalisme conservateur" existe bel et bien. Mais voilà, on ne peut pas dire que l'écologie politique soit un courant essentiellement réac.
Certes, on pourra reprocher aux positions des Verts sur certains sujets tels que les OGM d'être mal informées d'un point de vue empirique, mais peut-on leur reprocher d'être réac ? Dans le sens où le sujet n'a rien à voir avec les inégalités sociales et qu'il y a trop d'interprétations possibles de la question - selon à qui on parle, ça peut être aussi bien l'économie responsable contre l'avidité capitaliste, que la pureté naturelle contre la corruption, que la prospérité contre la bureaucratie, que le progrès contre l'obscurantisme*** - je pense que non.
Bref, parlons un peu de José Bové. Il se dit opposé à toute manipulation sur le vivant, donc à la PMA, par opposition aux dérives auxquelles cela pourrait ouvrir la porte. Je suis forcé de constater que c'est en effet très cohérent avec son opposition aux OGM. Maintenant, gardons à l'esprit que la science à elle seule ne peut pas nous dire s'il est bon ou non d'autoriser ce genre de méthodes, autrement dit, même si José Bové adhérait au consensus scientifique sur les OGM, cela ne ferait aucune différence.
Lorsqu'il dit "je ne crois pas que le droit à l'enfant soit un droit" je pense qu'il a raison, dans un sens très littéral. Je ne pense pas que quiconque ait le droit de demander des gamètes à l'Etat pour faire un gosse, par exemple.
José Bové est-il réac sur ce plan ? Dans un sens littéral, peut-être ; dans un sens politique, pas forcément, c'est difficile à dire. On pourrait dire que sa position n'est pas discriminatoire, puisqu'il s'y oppose aussi pour les hétéros. J'aurais tendance à penser qu'elle se situe hors du clivage gauche-droite, tout simplement (cf. mon raisonnement sur les OGM).
A la limite, on pourrait reprocher à Bové d'adhérer au sophisme de la "pente glissante" : si on autorise telle ou telle pratique, peu à peu on s'enfoncera dans l'eugénisme...
A l'appui de sa thèse, José Bové cite Jacques Testart. D'après Wikipédia, Testart est un proche de Bové, ce qui expliquerait qu'ils aient pu s'influencer mutuellement. C'est également un décroissant, raison de plus pour que Kindo ne l'apprécie pas (en ce qui me concerne, je suis moi aussi très sceptique par rapport à la décroissance, mais peut-être pas tout à fait pour les mêmes raisons, et surtout je ne la qualifierai pas d'intrinsèquement réac, cf. tout mon raisonnement ci-dessus). Autrement, je ne connais pas très bien les positions de Testart ; j'ai feuilleté son livre Faire des enfants demain en librairie, et je dirais qu'il posait de bonnes questions, sans forcément fournir de bonnes réponses (c'est ce qu'on disait aussi du FN, je sais), en particulier, son idée de résoudre des questions de bioéthique complexe à grands coup de décroissance me semble impossible ou dangereuse.
Je ne prétends pas avoir de réponses à tout cela. Mais on ne peut nier que la PMA pose toute une batterie de questions éthiques. En ce qui me concerne, je suis pour la PMA, mais favorable à une réforme de celle-ci, notamment concernant certains aspects, en tenant compte du fait qu'elle puisse être élargie à d'autres types de couples. Je devrais écrire un ou deux articles à ce sujet, d'ailleurs.
Concernant l'eugénisme... Je ne sais pas si les inquiétudes de Testart sont fondées, n'ayant pas lu son bouquin, mais selon moi, toutes les possibilités de dérives de notre société vers l'eugénisme devraient être sérieusement considérées, quand on se dit de gauche. L'eugénisme est en effet un point sur lequel les valeurs de la gauche peuvent buter, pour finir par disparaître. On l'oublie souvent, mais les partisans de l'eugénisme à la fin du XIXème siècle et au début du XXème étaient fréquemment des progressistes, et pas toujours des "darwinistes sociaux". En pratique, l'eugénisme aboutit à des situations de violente hiérarchie sociale et/ou de suppression de la liberté individuelle et à plus long terme, n'est compatible qu'avec une idéologie d'extrême-droite.
Mais même les possibilités d' "eugénisme inversé" devraient être prises en compte, parce qu'elles pourraient déboucher sur de nouvelles formes de communautarisme ; pour ceux qui se demanderaient comment l' "eugénisme inversé" peut exister, j'ai l'exemple de cette histoire d'un couple de sourds qui ont essayé d'avoir un enfant sourd, grâce à la FIV, à vérifier toutefois...
Pour conclure, j'ai l'impression que Yann Kindo, et d'autres chez les sceptiques, comprennent visiblement mal ce que signifie être écolo. Cela ne signifie pas - ou en tout cas, ne devrait pas signifier - être dans son trip et placer la Nature au-dessus de l'homme, mais simplement se rendre compte que la survie à long terme de l' humanité dépend en grande partie de l'état de l'environnement. Je ne vois pas ce que ça a de réactionnaire de lutter contre le réchauffement climatique, contre les pluies acides, contre le DDT, contre le trou dans la couche d'ozone, contre la déforestation, par exemple ; bien au contraire, je vois cela comme très progressiste !
edit : cet article d'Esther Benbassa réaffirme le soutien d'EELV à la PMA, pour qui en douterait : http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/pma-europe-ecologie_b_5265276.html?utm_hp_ref=france
edit : cet article d'Esther Benbassa réaffirme le soutien d'EELV à la PMA, pour qui en douterait : http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/pma-europe-ecologie_b_5265276.html?utm_hp_ref=france
**En 1975, voici ce que Lutte Ouvrière disait sur les homos : « Nous pensons que c’est la société bourgeoise qui engendre l’égoïsme, l’individualisme et finalement le mépris pour les autres et les préjugés sociaux, dont le mépris envers les homosexuels fait partie. C’est à ce titre que nous combattons ce préjugé, comme nous combattons tous les autres. Mais il y a une distance entre cette lutte sans réserve contre les préjugés et le fait de parer l’homosexualité de vertus révolutionnaires, comme l’ont fait un certain nombre de « gauchistes », et d’y voir le fin du fin de la lutte contre la morale bourgeoise, en décrétant que l’homosexualité est tout aussi « normale » que l’hétérosexualité et que qui prétend le contraire est un arriéré plein de préjugés. Cela revient à idéaliser ce qui n’est, en très grande partie, qu’un des nombreux comportements aberrants engendrés par la société bourgeoise. » Cette citation est toutefois à remettre dans son contexte (cela a été dit en opposition aux mouvement gays tels que le FHAR qui faisaient volontiers de l'homosexualité une tendance intrinsèquement révolutionnaire ; les positions des mouvements "pro-gay" n'étaient d'ailleurs pas toutes blanches non plus, beaucoup d'entre eux défendant la pédophilie, ce qui les a fait tout autant mal vieillir, pour d'autres raisons).
***et je pense de plus que ce qui fait que quelqu'un est de gauche ou de droite, ce ne sont pas tant ses positions en elles-même que les raisons pour lesquels il les défend.
22/04/2014
De la nécessité d'attaquer la psychanalyse avec des arguments de gauche
Au risque de choquer certains d'entre ceux qui me connaissent via le web, je ne me vois pas comme étant particulièrement de gauche.
Certes, aujourd'hui, je ne me reconnais pas dans la droite, ni même dans le centre français, tels qu'ils existent actuellement, et pas du tout dans les valeurs de l'UMP, par exemple*. Mais je me suis toujours perçu comme étant plus proche du centre-gauche que de l'extrême-gauche ; je me suis défini à différents moments comme étant social-écologiste, Rawlsien, social-démocrate, voire social-libéral à une époque, avant de revenir un peu plus à gauche par la suite.
Je n'ai jamais voté pour des partis d'extrême-gauche, par exemple (même avant d'avoir 18 ans, je ne l'aurais pas fait). Je n'aimais pas la rhétorique, ni le style de la "gauche radicale" et encore moins de l'extrême-gauche, et leur idéologie économique me paraissait extrême, irréaliste voire utopique sur certains points.
J'ai toujours voté vert ou socialiste, selon les circonstances. J'ai même été un temps très proche du PS et de ses organisations, même si aujourd'hui je suis globalement déçu par la politique que ce parti mène au pouvoir, et je trouve Manuel Valls globalement trop à droite pour moi.
Je n'ai pas vraiment changé de positionnement politique lorsque mon opinion sur la psychanalyse a évolué (d'une certaine manière, pour d'autres raisons, je suis même devenu plus à gauche que je ne l'étais avant). Pour moi, la psychanalyse était quelque chose de secondaire, et c'était aux psychanalystes de s'y retrouver, dans leurs théories - et c'est ce que pense encore aujourd'hui, en partie.
Mais il y a une chose en laquelle je crois, en revanche, c'est à la nécessité d'attaquer la psychanalyse** avec des arguments de gauche.
En effet, lorsque les psychanalystes sont attaqués par des individus de droite (ou même par des apolitiques qu'ils rangeront avec), c'est généralement trop facile pour eux de se défendre, parce qu'ils n'ont qu'à réutiliser leurs arguments habituels, et ça fait mouche à tous les coups ou presque.
Alors que lorsqu'ils sont attaqués par la gauche, par des individus de gauche, ils ne sont certes pas aussi surpris aujourd'hui qu'à l'époque où Onfray sortait son livre sur Freud, mais ils restent d'une certaine manière déconcertés, voire mal à l'aise.
Certains d'entre eux ont dans un premier temps refusé de changer d'argumentaire, ce qui les a amené à clairement "disjoncter" et à se mettre à dire n'importe quoi, littéralement tout et son contraire, au prix parfois de leur propre crédibilité ou réputation ; avant de réaliser par la suite leurs erreurs et de tenir un discours de façade plus modéré, quand l'ensemble de la profession chutait encore plus bas : voir par exemple la réaction d'Elisabeth Roudinesco face à Michel Onfray pour s'en convaincre.
De façon générale, c'est seulement avec des arguments de gauche que l'on peut espérer amener les psychanalystes à se remettre en question et à revoir leur argumentation.
C'est aussi une façon de s'adresser à la gauche française dans son ensemble, en lui parlant avec un langage rassurant, familier, afin de l'intéresser à la critique de la psychanalyse, et de ne pas en laisser le monopole à la droite, afin qu'elle se rende enfin compte que l'importance donnée à cette discipline est une impasse, dans plusieurs domaines, et qu'elle revoie sa position en conséquence.
Bon, il se trouve par ailleurs que j'ai été agréablement surpris par l'orientation prise par les gouvernements Hollande concernant l'approche de l'autisme. Mais c'est loin d'être suffisant : d'une part le troisième plan autisme en lui-même est encore très insatisfaisant sur certains points ; d'autre part, aussi timide soit-il, nul doute que pour beaucoup de personnes de gauche, il a été, et continuera d'être vu avec méfiance et mis sur le compte de l'orientation globale du gouvernement de Hollande, déjà impopulaire à la base. D'ailleurs, beaucoup des adversaires du plan autisme (psychanalystes ou non) l'ont associé à une politique libérale, attribué et relié à une orientation générale trop à droite sur le plan économique, ce qui leur a permis, pour le moment, de ne pas avoir à changer d'argumentaire.
Concernant la gauche française, d'ailleurs, qu'en est-il vraiment de son rapport à la psychanalyse ?
Je ne suis pas spécialiste, mais je pense que dans une grande partie de celle-ci, il y a hélas, encore clairement un aveuglement à ce sujet***. Je pense contrairement à d'autres que cet aveuglement n'est pas fondamentalement dû à des facteurs idéologiques, mais à un ensemble d'idées préconçues, et de facteurs plutôt d'ordre historique et/ou sociologique liés à l'après-68 français. Rien d'insurmontable toutefois, à mon sens.
Car depuis une dizaine d'années, la place de la psychanalyse recule constamment et régulièrement chez les politiques, dans l'opinion et les médias "de gauche", et c'est non seulement dû aux nouveaux débats de société mais aussi grâce à nous, les "anti"-psychanalytiques de gauche. Face à nous, les psychanalystes sont de plus en plus sur la défensive, fracturés, certains d'entre eux essayant péniblement de se démarquer de leurs collègues les plus gênants (suivez mon regard...)
Je pense plus généralement que contre les psychanalystes, il faudrait idéalement faire appel à une stratégie de la spécificité : il s'agirait d'attaquer la psychanalyse sur ce qui lui est spécifique, non seulement par rapport au comportementalisme, mais aussi par rapport à toute autre approche (pas seulement les TCC, donc). Car l'argumentation de nombreux psychanalystes repose implicitement sur une série de faux dilemmes : la psychanalyse ou les TCC, la psychanalyse ou l'ultralibéralisme, la psychanalyse ou le fascisme, etc...
Bien qu'elle ait ses limites et j'en suis conscient, c'est uniquement ce genre de stratégie qui permettrait de ratisser le plus large possible et, au pire, pousserait vraiment les psychanalystes à se reformuler et à se remettre en question, voire à renouveler leurs argumentation pour des débats véritablement intéressants.
-----
*Dans la charte des valeurs de l'UMP, on trouve des perles telles que : "Nous [...] tenons chacun pour responsable de ses actes, en refusant le déterminisme social." Derrière cette idée simple apparemment de bon sens, on voit bien qu'il s'agit d'un parti qui n'a absolument aucune intention de réduire les inégalités...
**La psychanalyse française actuelle, souvent dogmatique, par rapport à l'autisme par exemple. Dans l'absolu, je ne suis pas "contre" la psychanalyse, je suis juste favorable à une séparation progressive de la psychanalyse et de l'Etat. Je pense que sur des sujets particuliers qui ne font pas l'unanimité chez eux, certains psychanalystes peuvent dire des choses pertinentes et intéressantes, et je peux même être d'accord avec eux. C'est juste que je ne suis pas d'accord avec eux pour les mêmes raisons, et c'est davantage la logique de leur argumentation que je critique.
***Par exemple, la LDH s'est récemment faite sérieusement taper sur les doigts par plusieurs assos pour son soutien affiché au film de Mariana Otero, Un Ciel Ouvert. Film qui, que ce soit par sa réalisation, sa production ou son accueil critique par la presse, est un bon exemple d'illustration récente de cet aveuglement collectif.
Certes, aujourd'hui, je ne me reconnais pas dans la droite, ni même dans le centre français, tels qu'ils existent actuellement, et pas du tout dans les valeurs de l'UMP, par exemple*. Mais je me suis toujours perçu comme étant plus proche du centre-gauche que de l'extrême-gauche ; je me suis défini à différents moments comme étant social-écologiste, Rawlsien, social-démocrate, voire social-libéral à une époque, avant de revenir un peu plus à gauche par la suite.
Je n'ai jamais voté pour des partis d'extrême-gauche, par exemple (même avant d'avoir 18 ans, je ne l'aurais pas fait). Je n'aimais pas la rhétorique, ni le style de la "gauche radicale" et encore moins de l'extrême-gauche, et leur idéologie économique me paraissait extrême, irréaliste voire utopique sur certains points.
J'ai toujours voté vert ou socialiste, selon les circonstances. J'ai même été un temps très proche du PS et de ses organisations, même si aujourd'hui je suis globalement déçu par la politique que ce parti mène au pouvoir, et je trouve Manuel Valls globalement trop à droite pour moi.
Je n'ai pas vraiment changé de positionnement politique lorsque mon opinion sur la psychanalyse a évolué (d'une certaine manière, pour d'autres raisons, je suis même devenu plus à gauche que je ne l'étais avant). Pour moi, la psychanalyse était quelque chose de secondaire, et c'était aux psychanalystes de s'y retrouver, dans leurs théories - et c'est ce que pense encore aujourd'hui, en partie.
Mais il y a une chose en laquelle je crois, en revanche, c'est à la nécessité d'attaquer la psychanalyse** avec des arguments de gauche.
En effet, lorsque les psychanalystes sont attaqués par des individus de droite (ou même par des apolitiques qu'ils rangeront avec), c'est généralement trop facile pour eux de se défendre, parce qu'ils n'ont qu'à réutiliser leurs arguments habituels, et ça fait mouche à tous les coups ou presque.
Alors que lorsqu'ils sont attaqués par la gauche, par des individus de gauche, ils ne sont certes pas aussi surpris aujourd'hui qu'à l'époque où Onfray sortait son livre sur Freud, mais ils restent d'une certaine manière déconcertés, voire mal à l'aise.
Certains d'entre eux ont dans un premier temps refusé de changer d'argumentaire, ce qui les a amené à clairement "disjoncter" et à se mettre à dire n'importe quoi, littéralement tout et son contraire, au prix parfois de leur propre crédibilité ou réputation ; avant de réaliser par la suite leurs erreurs et de tenir un discours de façade plus modéré, quand l'ensemble de la profession chutait encore plus bas : voir par exemple la réaction d'Elisabeth Roudinesco face à Michel Onfray pour s'en convaincre.
De façon générale, c'est seulement avec des arguments de gauche que l'on peut espérer amener les psychanalystes à se remettre en question et à revoir leur argumentation.
C'est aussi une façon de s'adresser à la gauche française dans son ensemble, en lui parlant avec un langage rassurant, familier, afin de l'intéresser à la critique de la psychanalyse, et de ne pas en laisser le monopole à la droite, afin qu'elle se rende enfin compte que l'importance donnée à cette discipline est une impasse, dans plusieurs domaines, et qu'elle revoie sa position en conséquence.
Bon, il se trouve par ailleurs que j'ai été agréablement surpris par l'orientation prise par les gouvernements Hollande concernant l'approche de l'autisme. Mais c'est loin d'être suffisant : d'une part le troisième plan autisme en lui-même est encore très insatisfaisant sur certains points ; d'autre part, aussi timide soit-il, nul doute que pour beaucoup de personnes de gauche, il a été, et continuera d'être vu avec méfiance et mis sur le compte de l'orientation globale du gouvernement de Hollande, déjà impopulaire à la base. D'ailleurs, beaucoup des adversaires du plan autisme (psychanalystes ou non) l'ont associé à une politique libérale, attribué et relié à une orientation générale trop à droite sur le plan économique, ce qui leur a permis, pour le moment, de ne pas avoir à changer d'argumentaire.
Je ne suis pas spécialiste, mais je pense que dans une grande partie de celle-ci, il y a hélas, encore clairement un aveuglement à ce sujet***. Je pense contrairement à d'autres que cet aveuglement n'est pas fondamentalement dû à des facteurs idéologiques, mais à un ensemble d'idées préconçues, et de facteurs plutôt d'ordre historique et/ou sociologique liés à l'après-68 français. Rien d'insurmontable toutefois, à mon sens.
Car depuis une dizaine d'années, la place de la psychanalyse recule constamment et régulièrement chez les politiques, dans l'opinion et les médias "de gauche", et c'est non seulement dû aux nouveaux débats de société mais aussi grâce à nous, les "anti"-psychanalytiques de gauche. Face à nous, les psychanalystes sont de plus en plus sur la défensive, fracturés, certains d'entre eux essayant péniblement de se démarquer de leurs collègues les plus gênants (suivez mon regard...)
Je pense plus généralement que contre les psychanalystes, il faudrait idéalement faire appel à une stratégie de la spécificité : il s'agirait d'attaquer la psychanalyse sur ce qui lui est spécifique, non seulement par rapport au comportementalisme, mais aussi par rapport à toute autre approche (pas seulement les TCC, donc). Car l'argumentation de nombreux psychanalystes repose implicitement sur une série de faux dilemmes : la psychanalyse ou les TCC, la psychanalyse ou l'ultralibéralisme, la psychanalyse ou le fascisme, etc...
Bien qu'elle ait ses limites et j'en suis conscient, c'est uniquement ce genre de stratégie qui permettrait de ratisser le plus large possible et, au pire, pousserait vraiment les psychanalystes à se reformuler et à se remettre en question, voire à renouveler leurs argumentation pour des débats véritablement intéressants.
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*Dans la charte des valeurs de l'UMP, on trouve des perles telles que : "Nous [...] tenons chacun pour responsable de ses actes, en refusant le déterminisme social." Derrière cette idée simple apparemment de bon sens, on voit bien qu'il s'agit d'un parti qui n'a absolument aucune intention de réduire les inégalités...
**La psychanalyse française actuelle, souvent dogmatique, par rapport à l'autisme par exemple. Dans l'absolu, je ne suis pas "contre" la psychanalyse, je suis juste favorable à une séparation progressive de la psychanalyse et de l'Etat. Je pense que sur des sujets particuliers qui ne font pas l'unanimité chez eux, certains psychanalystes peuvent dire des choses pertinentes et intéressantes, et je peux même être d'accord avec eux. C'est juste que je ne suis pas d'accord avec eux pour les mêmes raisons, et c'est davantage la logique de leur argumentation que je critique.
***Par exemple, la LDH s'est récemment faite sérieusement taper sur les doigts par plusieurs assos pour son soutien affiché au film de Mariana Otero, Un Ciel Ouvert. Film qui, que ce soit par sa réalisation, sa production ou son accueil critique par la presse, est un bon exemple d'illustration récente de cet aveuglement collectif.
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