C'est un site sceptique que j'ai oublié de mentionner dans mon article précédent. Il se trouve ici :
http://cortecs.org/
Il est animé par Richard Monvoisin et quelques autres grandes figures du monde sceptique francophone. On y trouve de nombreuses ressources intéressantes.
Attention, toutefois, certains contenus sont très clairement orientés politiquement (à gauche), ce qui pourrait déplaire à quelques-uns. Mais leurs articles qui abordent les thématiques sceptiques classiques (phénomènes dits paranormaux, médecines "alternatives") valent néanmoins le coup d'oeil.
Ce blog se chargera de discuter les notions d'inné, d'acquis, de normal, de pathologique, de corps, d'esprit, et les raisonnements logiques et éthiques les plus fréquents à leur sujet. On y critiquera la psychanalyse et on y traitera également de bioéthique le cas échéant.
21/10/2012
20/10/2012
Sites sceptiques et rationalistes
Comme certains articles précédents le suggéraient déjà, je me sens proches des milieux sceptiques et rationalistes.
Je vont donc présenter quelques liens en rapport avec ce sujet (ils se trouvent déjà dans l'encart sur la droite, pour la plupart) :
L'Observatoire de zététique : Il s'agit d'une association française qui promeut le scepticisme scientifique et la méthode dite "zététique". Elle organise des expériences pour tester l'existence de phénomènes prétendument paranormaux, ainsi que des médecines "alternatives", suivant un certain protocole. Vous pouvez aller jeter un coup d'oeil sur leur forum si vous vous sentez intéressé(e)s, celui-ci mériterait d'être un peu plus animé, de mon point de vue...
Les Sceptiques du Québec : Plus ou moins l'équivalent québécois, mais beaucoup plus important, avec de nombreuses ressources. Comme dans le cas précédent, on n'est pas forcément à l'abri de membres exprimant des opinions parfois douteuses, mais cela reste très intéressant pour peu que vous vous intéressiez au sujet.
Scepticisme scientifique : Le blog de Jean-Michel Abrassart (et de quelques autres qui y ont posté des articles) ; contient des liens vers de nombreux épisodes de son "balado". Lisez plutôt les articles anciens, ils sont intéressants, quoiqu'inégaux.
En anglais :
Pharyngula : Le blog de PZ Myers, très actif, consacré à la défense de l'athéisme et à la critique du créationnisme (avec des images de poulpes au milieu).
FSTDT : un site qui recense toutes les pires citations de fondamentalistes, avec également de nombreux liens vers d'autres sites.
Rationally Speaking : un blog très pointu, plutôt philosophique, avec de nombreux intervenants.
Rational Wiki : un wiki rationaliste et sceptique, inégal mais avec beaucoup d'humour.
The Skeptic Dictionary : le "dictionnaire sceptique" de Robert Todd Carroll. On en trouve une version traduite sur le site des sceptiques du Québec.
Voilà pour aujourd'hui !
Je vont donc présenter quelques liens en rapport avec ce sujet (ils se trouvent déjà dans l'encart sur la droite, pour la plupart) :
L'Observatoire de zététique : Il s'agit d'une association française qui promeut le scepticisme scientifique et la méthode dite "zététique". Elle organise des expériences pour tester l'existence de phénomènes prétendument paranormaux, ainsi que des médecines "alternatives", suivant un certain protocole. Vous pouvez aller jeter un coup d'oeil sur leur forum si vous vous sentez intéressé(e)s, celui-ci mériterait d'être un peu plus animé, de mon point de vue...
Les Sceptiques du Québec : Plus ou moins l'équivalent québécois, mais beaucoup plus important, avec de nombreuses ressources. Comme dans le cas précédent, on n'est pas forcément à l'abri de membres exprimant des opinions parfois douteuses, mais cela reste très intéressant pour peu que vous vous intéressiez au sujet.
Scepticisme scientifique : Le blog de Jean-Michel Abrassart (et de quelques autres qui y ont posté des articles) ; contient des liens vers de nombreux épisodes de son "balado". Lisez plutôt les articles anciens, ils sont intéressants, quoiqu'inégaux.
En anglais :
Pharyngula : Le blog de PZ Myers, très actif, consacré à la défense de l'athéisme et à la critique du créationnisme (avec des images de poulpes au milieu).
FSTDT : un site qui recense toutes les pires citations de fondamentalistes, avec également de nombreux liens vers d'autres sites.
Rationally Speaking : un blog très pointu, plutôt philosophique, avec de nombreux intervenants.
Rational Wiki : un wiki rationaliste et sceptique, inégal mais avec beaucoup d'humour.
The Skeptic Dictionary : le "dictionnaire sceptique" de Robert Todd Carroll. On en trouve une version traduite sur le site des sceptiques du Québec.
Voilà pour aujourd'hui !
15/10/2012
Addendum sur les actions du collectif des 39
Par rapport à cet article précédent. Je viens d'apprendre que le psychiatre et psychanalyste Paul Machto, au nom du collectif des 39, participait au lobbying auprès des ministères. Une de ses lettres, adressée à Laurent Chambaud, coordonnateur du pôle “Santé publique et sécurité sanitaire” au cabinet de Marisol Touraine, actuelle ministre de la santé, vient d'être publiée sur un blog faisant l'apologie du packing. Le contenu possède exactement la même teneur que les articles de Gillis et Delion.
On retiendra qu'il qualifie Autisme France d' "association particulièrement virulente", ce qui fait doucement rigoler, quand même. Je peux comprendre à la rigueur pour Autism Rights Watch (David Heurtevent fait du bon boulot je trouve, mais selon moi il peut avoir une vision un peu noir-et-blanc des choses, peut-être), mais Autisme France, franchement ? Dans ce cas-là, il faut admettre que ça fait une bonne pelletée d'associations qui seraient"particulièrement virulentes" !
J'aimerais aussi savoir ce que Paul Machto entend par "laisser libre cours aux controverses scientifiques et publiques, sans anathème ni "fatwas" ", par hasard...
On retiendra qu'il qualifie Autisme France d' "association particulièrement virulente", ce qui fait doucement rigoler, quand même. Je peux comprendre à la rigueur pour Autism Rights Watch (David Heurtevent fait du bon boulot je trouve, mais selon moi il peut avoir une vision un peu noir-et-blanc des choses, peut-être), mais Autisme France, franchement ? Dans ce cas-là, il faut admettre que ça fait une bonne pelletée d'associations qui seraient"particulièrement virulentes" !
J'aimerais aussi savoir ce que Paul Machto entend par "laisser libre cours aux controverses scientifiques et publiques, sans anathème ni "fatwas" ", par hasard...
Rebondissement sur Peillon et le cannabis
Comme vous le savez certainement, dans l'émission de France Inter Tous politiques diffusée dimanche, le ministre de l'éducation nationale Vincent Peillon avait appelé à ouvrir le débat sur la dépénalisation du cannabis. Bien que je partage personnellement certaines de ses positions à ce sujet et apprécie son intention, il n'était certainement pas du ressort d'un ministre de l'éducation Nationale de poser ce genre de débat, et en ce sens j'apprécie également le "recadrage" effectué par le premier ministre Jean-Marc Ayrault à ce sujet, et les précisions que Peillon a lui-même apportées.
La question du cannabis est un sujet complexe dans lequel je ne m'aventurerai pas trop pour l'instant. Sa dangerosité fait débat, selon de nombreuses études il serait légèrement moins dangereux que l'alcool (et dans ce cas, notre politique à son égard relèverait d'une certaine hypocrisie), selon d'autres il favoriserait la survenue précoce de troubles mentaux ainsi qu'une baisse du QI chez les adolescents, mais ces dernières études restent assez controversées ; la recherche doit donc continuer à ce sujet, afin de permettre à tous d'être correctement informés.
D'un autre côté, il est vrai que notre politique est l'une des plus répressives d'Europe et qu'elle est relativement inefficace (nous restons parmi les plus gros consommateurs d'Europe...) ; mais si légalisation il doit y avoir, le cannabis devrait normalement rester sévèrement contrôlé, bien plus que ne le sont le tabac et l'alcool aujourd'hui.
Dans ce contexte, étant donné ce qui a été dit, la réaction de certains, à droite notamment, apparaît quelque peu exagérée ; mais en attendant, c'est bien pratique pour éviter de parler du fond - le projet de refondation de l'école - qui devrait être autrement plus intéressant et important pour l'avenir de la France.
La question du cannabis est un sujet complexe dans lequel je ne m'aventurerai pas trop pour l'instant. Sa dangerosité fait débat, selon de nombreuses études il serait légèrement moins dangereux que l'alcool (et dans ce cas, notre politique à son égard relèverait d'une certaine hypocrisie), selon d'autres il favoriserait la survenue précoce de troubles mentaux ainsi qu'une baisse du QI chez les adolescents, mais ces dernières études restent assez controversées ; la recherche doit donc continuer à ce sujet, afin de permettre à tous d'être correctement informés.
D'un autre côté, il est vrai que notre politique est l'une des plus répressives d'Europe et qu'elle est relativement inefficace (nous restons parmi les plus gros consommateurs d'Europe...) ; mais si légalisation il doit y avoir, le cannabis devrait normalement rester sévèrement contrôlé, bien plus que ne le sont le tabac et l'alcool aujourd'hui.
Dans ce contexte, étant donné ce qui a été dit, la réaction de certains, à droite notamment, apparaît quelque peu exagérée ; mais en attendant, c'est bien pratique pour éviter de parler du fond - le projet de refondation de l'école - qui devrait être autrement plus intéressant et important pour l'avenir de la France.
13/10/2012
Quand le collectif des 39 s'enfonce dans les sophismes et la désinformation
Au moment où les députés Gwendal Rouillard et Daniel Fasquelle, soutenus par des parents fortement déçus par le dernier rapport du CESE (Conseil économique, social et environnemental), réclament une commission d'enquête parlementaire sur les coûts de la prise en charge de l'autisme en France et dénoncent le lobbying actif de l'école de la cause Freudienne (deux livres envoyés à chaque parlementaire ! Niveau manipulation, on n'est franchement pas loin d'Harun Yahya et de son "atlas de la Création" envoyé dans toutes les écoles de France...), le Collectif des 39 participe à la contre-offensive engagée par leurs collègues.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le Collectif des 39, il s'agit d'un groupement de psychiatres et de psychanalystes, formé au départ pour s'opposer aux discours sarkozystes sécuritaires de 2008 à propos de la santé mentale. Ils sont également à l'origine d'un appel contre un projet de loi de 2011 concernant notamment les soins sans consentement (ce sont des motifs tout à fait légitimes, quoi qu'on en dise, mais un peu hypocrites comme on le verra après). Ceci passé, le Collectif s'est concentré sur la menace permanente du "sécuritaire", et la défense inconditionnelle de la psychanalyse face à ses adversaires, notamment sur la question de l'autisme, n'hésitant pas à nier en bloc les nouvelles connaissances scientifiques à ce sujet.
Récemment, sur leur site, ils ont d'une part republié un article du psychiatre Alain Gillis (opposé à l' "intégration"* des enfants autistes et qui n'hésite pas à justifier sa position par la rhétorique la plus corporatiste et la plus réactionnaire) déjà publié sur Mediapart le 2 octobre dernier, d'autre part mis en ligne un court article (qui contient d'ailleurs la lettre envoyée par Autism Rights Watch) signé Pierre Delion, notoire promoteur du packing.
Pierre Delion n'hésite pas à qualifier d' "agités du bocal" et d' "extrémistes" "[qui prétendent] régner par la peur et la menace" l'ONG Autism Rights Watch qui se bat pour les droits des personnes autistes en France, alors que son positionnement ne diffère que peu de celui, en moyenne, de dizaines d'associations françaises de défense des personnes autistes et de leurs parents. Tout comme Gillis, il utilise l'argument de la pente glissante, ou le "strawman" ("l'interdiction de penser" pour Delion,"on pourra bientôt envisager de brûler les livres" pour Gillis).
Quant à Alain Gillis, j'espère qu'il saura tenir compte des quelques remarques suivantes :
D'une part, attention à la déformation du débat. En l'occurrence, il ne s'agissait pas que de parler du packing ou même simplement de critiquer son interdiction, mais d'en faire la promotion. De plus, contrairement à ce que lui et Delion affirment, il s'agit de méthodes tout à fait démocratiques qu'Autism Rights Watch a mises en oeuvre. Cette conférence n'a pas été interdite par l'Etat ; ce sont ses propres organisateurs qui ont choisi de l'annuler. S'ils ne l'avaient pas fait, leurs adversaires n'auraient fait qu'exercer leur droit à la liberté d'expression. Ceux-ci considèrent que le packing est non seulement une pratique au mieux inefficace, mais aussi une atteinte majeure aux droits des autistes. Dans ce cadre, leur action est donc tout à fait compréhensible. Pour faire une comparaison, si une réunion faisait la promotion du racisme ou de la pédophilie, ou si une conférence soutenue par l'argent public faisait la promotion du charlatanisme le plus grotesque et le plus évident, j'ose espérer que Gillis s'y opposerait lui aussi.
On est donc loin d'une interdiction par la justice, comme cela a été le cas avec le film de Sophie Robert sur la psychanalyse, Le Mur. Sempiternel problème de la paille et de la poutre, ou du deux poids deux mesures pour être plus laïc. Celui-ci va revenir.
Il y a aussi un point où Gillis commet une erreur lourde. Je le cite : "Ne pas pouvoir parler de ce qui est interdit, voilà qui est une petite nouveauté. Il faut supposer qu’une réunion à propos de l’usage du hachish, ou à propos de l’euthanasie, ou des mères porteuses, ou de la prostitution, etc… toutes ces choses interdites ne devraient plus être évoquées de crainte qu’elle ne fassent « propagande ». Merci à tous ces surveillants de la pensée, vraiment zélés…"
Il sous-entend ainsi que les adversaires du packing sont des conservateurs, ou semblables à eux. Or ceux qui sont favorables à l'interdiction du packing sont loin d'être nécessairement favorables à l'interdiction de toutes les choses qu'il cite. Moi-même, par exemple, je suis (dans une certaine mesure) favorable à la légalisation de toutes ces choses-là. Et contre le packing. Et je trouve ce type de positionnement infiniment plus cohérent que celui qui semble être celui de Gillis (je suppose, mais étant donné qu'il n'a pas cité dans sa liste le racisme ou autres choses interdites et que la gauche n'aime pas, il semble donc insister sur un point de vue et témoigner d'une vision partiale et partielle de la liberté d'expression).
Je trouve mon positionnement très cohérent pour plusieurs raisons :
D'une part, j'ose avouer que les psychanalystes membres du Collectif des 39 me paraissent semblables à des hypocrites et des tartuffes lorsqu'ils prétendent lutter contre le sécuritarisme en psychiatrie. En effet, qu'est-ce que le packing sinon une pratique sécuritaire, visant à "calmer" des enfants turbulents en leur faisant subir une baisse de leur température corporelle grâce à un linge humide et souvent froid, appliquée sans le consentement de ces enfants mutiques (évidemment, quoi que vous en disiez !), ni même, souvent, de celui de leurs parents ? Bien sûr, ils cherchent à se défendre par une batterie d'arguments verbeux concernant cette pratique et en disant que ce qu'ils font n'est "pas pire" que ce que font leurs adversaires... Même si c'était vrai, ce genre d'argumentation resterait bidon. Si les théories comportementales débouchaient sur des excès, je serais le premier à les dénoncer.
D'autre part, et cela rejoint le point précédent, je suis favorable au libre choix des individus dans leur vie personnelle - et le packing tel qu'il est appliqué dans les hôpitaux va à l'encontre de ce principe.
J'irais même plus loin : on peut légitimement s'interroger sur la mesure dans laquelle, par exemple, la gestation pour autrui est compatible avec la psychanalyse. Parce que celle-ci tend à penser que tous les troubles mentaux ont leur origine dans la psychologie de la famille et celle de la mère en particulier, cela offre un alibi en béton pour les psychanalystes lorsqu'un enfant né de mère porteuse présente des "difficultés" (a fortiori dans le cadre d'un couple homosexuel, ou "évidemment" l'Oedipe ne peut pas avoir lieu correctement, avec la place qu'occupe la différence des sexes des parents dans le développement de l'enfant selon la théorie psychanalytique), on peut ainsi toujours citer les sentiments de la mère ou le rapport avec la gestatrice. De fait, il y a au moins autant de psychanalystes contre la GPA que de favorables. Et je me dis que ceux qui y sont favorables, comme souvent, se justifient à l'aide d'arguments davantage dignes de théologiens que de scientifiques (même sociaux) méritant ce nom.
Cela fait beaucoup d'arguments très critiquables en si peu de texte, en fait. Mais ne nous cachons pas que quant au reste, la lutte continue ; la flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Et tutti quanti.
*Les militants pour les droits des autistes préfèrent généralement le terme (et le concept) d' "inclusion" : la différence est que l'intégration part du principe que c'est l'enfant différent qui doit faire des efforts pour s'adapter au milieu éducatif, tandis que selon une approche inclusive, c'est le milieu éducatif lui-même qui doit s'adapter aux enfants différents. Ainsi, d'une certaine façon, on peut dire que l'inclusion est à "gauche" de l'intégration.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le Collectif des 39, il s'agit d'un groupement de psychiatres et de psychanalystes, formé au départ pour s'opposer aux discours sarkozystes sécuritaires de 2008 à propos de la santé mentale. Ils sont également à l'origine d'un appel contre un projet de loi de 2011 concernant notamment les soins sans consentement (ce sont des motifs tout à fait légitimes, quoi qu'on en dise, mais un peu hypocrites comme on le verra après). Ceci passé, le Collectif s'est concentré sur la menace permanente du "sécuritaire", et la défense inconditionnelle de la psychanalyse face à ses adversaires, notamment sur la question de l'autisme, n'hésitant pas à nier en bloc les nouvelles connaissances scientifiques à ce sujet.
Récemment, sur leur site, ils ont d'une part republié un article du psychiatre Alain Gillis (opposé à l' "intégration"* des enfants autistes et qui n'hésite pas à justifier sa position par la rhétorique la plus corporatiste et la plus réactionnaire) déjà publié sur Mediapart le 2 octobre dernier, d'autre part mis en ligne un court article (qui contient d'ailleurs la lettre envoyée par Autism Rights Watch) signé Pierre Delion, notoire promoteur du packing.
Pierre Delion n'hésite pas à qualifier d' "agités du bocal" et d' "extrémistes" "[qui prétendent] régner par la peur et la menace" l'ONG Autism Rights Watch qui se bat pour les droits des personnes autistes en France, alors que son positionnement ne diffère que peu de celui, en moyenne, de dizaines d'associations françaises de défense des personnes autistes et de leurs parents. Tout comme Gillis, il utilise l'argument de la pente glissante, ou le "strawman" ("l'interdiction de penser" pour Delion,"on pourra bientôt envisager de brûler les livres" pour Gillis).
Quant à Alain Gillis, j'espère qu'il saura tenir compte des quelques remarques suivantes :
D'une part, attention à la déformation du débat. En l'occurrence, il ne s'agissait pas que de parler du packing ou même simplement de critiquer son interdiction, mais d'en faire la promotion. De plus, contrairement à ce que lui et Delion affirment, il s'agit de méthodes tout à fait démocratiques qu'Autism Rights Watch a mises en oeuvre. Cette conférence n'a pas été interdite par l'Etat ; ce sont ses propres organisateurs qui ont choisi de l'annuler. S'ils ne l'avaient pas fait, leurs adversaires n'auraient fait qu'exercer leur droit à la liberté d'expression. Ceux-ci considèrent que le packing est non seulement une pratique au mieux inefficace, mais aussi une atteinte majeure aux droits des autistes. Dans ce cadre, leur action est donc tout à fait compréhensible. Pour faire une comparaison, si une réunion faisait la promotion du racisme ou de la pédophilie, ou si une conférence soutenue par l'argent public faisait la promotion du charlatanisme le plus grotesque et le plus évident, j'ose espérer que Gillis s'y opposerait lui aussi.
On est donc loin d'une interdiction par la justice, comme cela a été le cas avec le film de Sophie Robert sur la psychanalyse, Le Mur. Sempiternel problème de la paille et de la poutre, ou du deux poids deux mesures pour être plus laïc. Celui-ci va revenir.
Il y a aussi un point où Gillis commet une erreur lourde. Je le cite : "Ne pas pouvoir parler de ce qui est interdit, voilà qui est une petite nouveauté. Il faut supposer qu’une réunion à propos de l’usage du hachish, ou à propos de l’euthanasie, ou des mères porteuses, ou de la prostitution, etc… toutes ces choses interdites ne devraient plus être évoquées de crainte qu’elle ne fassent « propagande ». Merci à tous ces surveillants de la pensée, vraiment zélés…"
Il sous-entend ainsi que les adversaires du packing sont des conservateurs, ou semblables à eux. Or ceux qui sont favorables à l'interdiction du packing sont loin d'être nécessairement favorables à l'interdiction de toutes les choses qu'il cite. Moi-même, par exemple, je suis (dans une certaine mesure) favorable à la légalisation de toutes ces choses-là. Et contre le packing. Et je trouve ce type de positionnement infiniment plus cohérent que celui qui semble être celui de Gillis (je suppose, mais étant donné qu'il n'a pas cité dans sa liste le racisme ou autres choses interdites et que la gauche n'aime pas, il semble donc insister sur un point de vue et témoigner d'une vision partiale et partielle de la liberté d'expression).
Je trouve mon positionnement très cohérent pour plusieurs raisons :
D'une part, j'ose avouer que les psychanalystes membres du Collectif des 39 me paraissent semblables à des hypocrites et des tartuffes lorsqu'ils prétendent lutter contre le sécuritarisme en psychiatrie. En effet, qu'est-ce que le packing sinon une pratique sécuritaire, visant à "calmer" des enfants turbulents en leur faisant subir une baisse de leur température corporelle grâce à un linge humide et souvent froid, appliquée sans le consentement de ces enfants mutiques (évidemment, quoi que vous en disiez !), ni même, souvent, de celui de leurs parents ? Bien sûr, ils cherchent à se défendre par une batterie d'arguments verbeux concernant cette pratique et en disant que ce qu'ils font n'est "pas pire" que ce que font leurs adversaires... Même si c'était vrai, ce genre d'argumentation resterait bidon. Si les théories comportementales débouchaient sur des excès, je serais le premier à les dénoncer.
D'autre part, et cela rejoint le point précédent, je suis favorable au libre choix des individus dans leur vie personnelle - et le packing tel qu'il est appliqué dans les hôpitaux va à l'encontre de ce principe.
J'irais même plus loin : on peut légitimement s'interroger sur la mesure dans laquelle, par exemple, la gestation pour autrui est compatible avec la psychanalyse. Parce que celle-ci tend à penser que tous les troubles mentaux ont leur origine dans la psychologie de la famille et celle de la mère en particulier, cela offre un alibi en béton pour les psychanalystes lorsqu'un enfant né de mère porteuse présente des "difficultés" (a fortiori dans le cadre d'un couple homosexuel, ou "évidemment" l'Oedipe ne peut pas avoir lieu correctement, avec la place qu'occupe la différence des sexes des parents dans le développement de l'enfant selon la théorie psychanalytique), on peut ainsi toujours citer les sentiments de la mère ou le rapport avec la gestatrice. De fait, il y a au moins autant de psychanalystes contre la GPA que de favorables. Et je me dis que ceux qui y sont favorables, comme souvent, se justifient à l'aide d'arguments davantage dignes de théologiens que de scientifiques (même sociaux) méritant ce nom.
Cela fait beaucoup d'arguments très critiquables en si peu de texte, en fait. Mais ne nous cachons pas que quant au reste, la lutte continue ; la flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Et tutti quanti.
*Les militants pour les droits des autistes préfèrent généralement le terme (et le concept) d' "inclusion" : la différence est que l'intégration part du principe que c'est l'enfant différent qui doit faire des efforts pour s'adapter au milieu éducatif, tandis que selon une approche inclusive, c'est le milieu éducatif lui-même qui doit s'adapter aux enfants différents. Ainsi, d'une certaine façon, on peut dire que l'inclusion est à "gauche" de l'intégration.
Freud aurait-il abandonné le concept d'inconscient à la fin de sa vie ?
A l'heure où Jean-Louis Racca écrit une série de billets sur l'inconscient et ses mythologies, je lis un vieux numéro (avril 2012) de Sciences humaines, dont l'un des articles est consacré à Freud et à la notion d'inconscient. Selon celui-ci, Freud aurait finalement décidé d'abandonner le concept d'inconscient vers la fin de sa carrière, et n'aurait pas été suivi par ses successeurs dans cette direction. On peut alors légitimement se demander : même si Sciences humaines est une revue de vulgarisation qui n'est pas forcément très connue du grand public dans son ensemble, comment se fait-il que cet article n'ait pas fait davantage de bruit ?
La réponse, mes amis, est la suivante : on a ici affaire à un pur effet "peau de chagrin" au sens où le définit Richard Monvoisin. C'est-à-dire qu'on nous laisse miroiter quelque chose de renversant, pour au final retomber sur nos pattes. Ici donc, Freud aurait abandonné le concept d'inconscient, un peu trop "fourre-tout" (ce qu'on ne peut nier, en effet !) pour... la pulsion, le Ça, puis des aspects de l'entière triade Moi-Surmoi-Ça. C'est à dire la seconde topique. C'est une "clarification" du concept d'inconscient, mais en aucun cas son abandon. Cependant, ce que ne précise pas l'article, c'est que ces concepts sont à peine moins ambigus que celui d'inconscient "tout court".
Un exemple parmi d'autres : les psychologues modernes ont dégagé cinq dimensions principales à la personnalité ; grossièrement, l'ouverture d'esprit, la "conscienciosité", l'extraversion, l'agréabilité et la stabilité émotionnelle. Faites un calcul rapide : trois entités (Moi-Surmoi-Ça) ne peuvent pas expliquer cinq grands traits de personnalité plus ou moins indépendants (ça peut changer théoriquement si on inclut la pulsion de vie et la pulsion de mort comme entités indépendantes, mais je vois mal les corrélations possibles, personnellement...).
Au final, on a donc un article assez décevant, qui aborde la psychanalyse à un niveau très basique. L'article doit pouvoir être disponible assez facilement en ligne de toute façon, je pense. Son mérite, néanmoins, est de souligner que la notion d'inconscient est très ambiguë, souvent utilisée à tort et à travers et appropriée par des psychanalystes moins talentueux que Freud, qui en ont fait un concept encore plus ambigu.
Ah oui, au fait, depuis le temps, il faudrait que je fasse une suite à mon article La psychanalyse est neurotypiste, partie I, qui aborde le thème de ce simplisme de la triade Moi-Surmoi-Ça.
La réponse, mes amis, est la suivante : on a ici affaire à un pur effet "peau de chagrin" au sens où le définit Richard Monvoisin. C'est-à-dire qu'on nous laisse miroiter quelque chose de renversant, pour au final retomber sur nos pattes. Ici donc, Freud aurait abandonné le concept d'inconscient, un peu trop "fourre-tout" (ce qu'on ne peut nier, en effet !) pour... la pulsion, le Ça, puis des aspects de l'entière triade Moi-Surmoi-Ça. C'est à dire la seconde topique. C'est une "clarification" du concept d'inconscient, mais en aucun cas son abandon. Cependant, ce que ne précise pas l'article, c'est que ces concepts sont à peine moins ambigus que celui d'inconscient "tout court".
Un exemple parmi d'autres : les psychologues modernes ont dégagé cinq dimensions principales à la personnalité ; grossièrement, l'ouverture d'esprit, la "conscienciosité", l'extraversion, l'agréabilité et la stabilité émotionnelle. Faites un calcul rapide : trois entités (Moi-Surmoi-Ça) ne peuvent pas expliquer cinq grands traits de personnalité plus ou moins indépendants (ça peut changer théoriquement si on inclut la pulsion de vie et la pulsion de mort comme entités indépendantes, mais je vois mal les corrélations possibles, personnellement...).
Au final, on a donc un article assez décevant, qui aborde la psychanalyse à un niveau très basique. L'article doit pouvoir être disponible assez facilement en ligne de toute façon, je pense. Son mérite, néanmoins, est de souligner que la notion d'inconscient est très ambiguë, souvent utilisée à tort et à travers et appropriée par des psychanalystes moins talentueux que Freud, qui en ont fait un concept encore plus ambigu.
Ah oui, au fait, depuis le temps, il faudrait que je fasse une suite à mon article La psychanalyse est neurotypiste, partie I, qui aborde le thème de ce simplisme de la triade Moi-Surmoi-Ça.
12/10/2012
Théorie de la Justice, John Rawls
Théorie de la justice de John Rawls, publié en France aux éditions du Seuil, est un livre que j'ai acheté il y a déjà pas mal de temps
Pour commencer, John Rawls est un philosophe américain, qui a enseigné dans de nombreuses universités prestigieuses de la côte Est américaine (Princeton, Harvard, etc). Son oeuvre se centre sur le libéralisme politique - au sens américain - et l'idée de justice en particulier.
Dans Théorie de la Justice, qui restera comme l'un des ouvrages les plus commentés de la seconde moitié du vingtième siècle, il expose, comme son nom l'indique, sa conception de la justice.
Il voit ainsi la justice comme équité ("justice as fairness"), et, dans la tradition du contrat social, se base sur le concept de "position originelle", une abstraction où toutes les différences entre les hommes seraient effacées, et ceux-ci ne connaîtraient pas leur position réelle dans la société, cachés qu'ils sont derrière un "voile d'ignorance". Dans ces conditions, la conception d'une société juste adoptée par l'individu moyen devrait suivre le principe du "maximin", c'est-à-dire maximiser les perspectives des membres les moins fortunés.
Au bout du compte, deux principes de la justice seraient adoptés :
le principe d'égale liberté est le suivant : « Chaque personne a droit à un système pleinement adéquat de libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système de liberté pour tous », quant au second : « Les inégalités sociales et économiques doivent satisfaire à deux conditions : elles doivent d’abord être attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, dans des conditions d'égalité équitable (fair) des chances (a), et elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société. (b, principe de différence) ».
Le premier principe couvre par exemple la liberté de participation politique, la liberté d'expression, de conscience, la possession personnelle et la protection contre l'arbitraire. De façon intéressante, ce premier principe ne couvre pas la propriété privée des moyens de production ni la liberté contractuelle. Au delà d'un niveau basique de développement économique, ce principe a la priorité sur le suivant.
Dans le deuxième principe, (a) a la priorité sur (b). L'égalité équitable des chances est une conception beaucoup plus exigeante de l'égalité des chances que celle utilisée généralement dans le débat courant. Il est aussi important de noter que d'après Rawls, on ne "mérite" pas ses dons naturels.
Rawls s'oppose par ailleurs à l'utilitarisme classique, qu'il considère comme excessivement conséquentialiste, voire machiavélien.
Le livre a été discuté et critiqué de tous bords, ce qui devrait suffire à vous faire comprendre l'influence qu'il a eu dans le débat à ce niveau-là. A noter qu'il existe des interprétations très diverses de Rawls, et qu'on l'a placé aussi bien à l'extrême-gauche qu'au centre-droit.
Je tiens à vous prévenir toutefois : le livre en lui-même est intéressant, mais il est très dense, et est à réserver aux purs fans de philosophie et/ou de politique qui au moins quelques notions des deux, ou même d'économie. Ou à ceux qui font des études de philosophie politique, ce qui est logique.
L'ouvrage a été traduit par Catherine Audard, qui avec Monique Canto-Sperber est l'une des principales figures du libéralisme social français. Je possède d'ailleurs son livre sur le libéralisme, et il est intéressant, loin des clichés répandus par les uns et les autres.
J'écrirai peut-être un prochain article, non exempt de remarques, sur une possible conception "rawlsienne" du handicap et de l'autisme en particulier.
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